Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/67

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par une hauteur de deux ou trois étages, échangèrent des allusions sarcastiques au sujet de l’agitation générale.

C’était une chaude journée d’été, et les chambres de la prison cuisaient entre les murs élevés qui entouraient la geôle. Dans la petite salle dont se composait l’appartement de notre débiteur, Mme Baugham, femme de journée et commissionnaire, qui n’était pas une détenue (bien qu’elle se fût trouvée autrefois au nombre des captives), mais qui servait aux prisonniers, dont elle avait la clientèle, de moyen de communication avec le monde extérieur, Mme Baugham, disons-nous, avait offert ses services en qualité de chasse-mouches et de surveillante générale pour tous les soins à donner à la malade. Il y avait tant de mouches, en effet, que les murs et le plafond en étaient noirs. D’une main Mme Baugham, habile à inventer de rapides expédients, éventait la patiente avec une feuille de chou, tandis que de l’autre elle dressait des embûches aux mouches en remplissant divers pots à pommade d’un mélange de sucre et de vinaigre, tout en émettant des sentiments d’une nature flatteuse et encourageante adaptés à la circonstance.

« Les mouches vous tourmentent, n’est-ce pas, ma chère dame ? disait Mme Baugham ; mais peut-être aussi qu’elles vous serviront à vous distraire ; cela ne peut que vous faire du bien. Grâce au cimetière voisin, à l’épicier, aux écuries des messageries, et autres comestibles, nos mouches ici deviennent très-grosses ; peut-être le ciel nous les envoie-t-il comme fiche de consolation, sans que nous nous en doutions. Comment allez-vous maintenant, ma chère dame ? Pas mieux ? Non ; vous ne pouviez pas vous y attendre : ça ira plus mal avant d’aller mieux ; et vous le savez bien, n’est-ce pas ? Oui. À la bonne heure ! Et penser qu’un cher petit amour de chérubin va venir au monde dans la prison ! N’est-ce pas charmant ? N’y a-t-il pas de quoi vous faire prendre les choses en douceur ? Savez-vous que ça n’est pas arrivé ici, ma chère dame, depuis je ne sais combien de temps ! Et voilà que vous pleurez, continua Mme Baugham, afin de relever de plus en plus le courage de la malade, quand vous allez faire parler de vous partout ! quand les mouches tombent dans les pots par centaines ! et quand tout se passe si bien ! Et tenez, poursuivit Mme Baugham en voyant ouvrir la porte, ne voilà-t-il pas votre cher homme qui amène le docteur Haggage ! Ah ! maintenant, nous n’avons plus rien à désirer, je crois ! »

Le docteur n’était guère l’espèce d’apparition qu’il eût fallu pour qu’une malade n’eût rien au monde à désirer ; mais ce personnage n’ayant pas tardé à donner comme son opinion ! « Nous allons aussi bien que possible, madame Baugham, et nous nous en tirerons à merveille, » et Mme Baugham et lui s’étant emparés de ce pauvre couple, incapable de résister à qui que ce fût, les moyens qu’on venait de trouver sous la main étaient aussi bons, en somme, que si on en avait eu de meilleurs. Le traitement que le docteur Haggage jugea à propos d’adopter en cette circonstance n’offrit aucune particularité bien remarquable, si ce n’est dans sa résolution bien arrê-