Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/198

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Enfin Tim Linkinwater revint ; il était d’un calme désespérant, et tenait des papiers à la main, une plume à la bouche, comme si rien n’était arrivé.

— Est-elle complètement remise ? dit avec impétuosité Nicolas. — Qui ? — Qui ? la jeune dame.

— Tim ôta sa plume de sa bouche.

— Monsieur Nicolas, dit-il, combien font quatre cent vingt-sept fois trois mille deux cent trente-huit ? — Répondez donc d’abord à ma question, reprit Nicolas. Je vous interrogeais… — Au sujet de la jeune dame, dit Tim Linkinwater en mettant ses lunettes. Oui, sans doute, elle se porte très-bien. — Vraiment ? — Sans contredit. — Pourra-t-elle retourner chez elle aujourd’hui ? — Elle est partie. — Partie ! — Oui. — J’espère qu’elle n’a pas beaucoup de chemin à faire, dit Nicolas les yeux fixés sur son interlocuteur. — Et moi aussi, répondit l’impassible Tim.

Nicolas hasarda une ou deux autres observations, mais il était évident que Tim Linkinwater avait ses raisons pour éluder les questions. Sans être découragé par ce refus, Nicolas revint à la charge le lendemain avec d’autant plus de hardiesse que M. Linkinwater était d’une humeur très-communicative. Mais sitôt que ce sujet fut entamé, Tim retomba dans une désespérante taciturnité, et, après avoir répondu par des monosyllabes, finit par ne point répondre du tout.

Frustré dans son espoir, Nicolas fut réduit à attendre la prochaine visite de la jeune dame ; mais il éprouva un nouveau désappointement. Les jours se succédèrent, et elle ne revint pas. Il examina les adresses de toutes les lettres et de tous les billets, mais pas un seul ne lui parut être de son écriture. Deux ou trois fois on le chargea d’affaires qui l’obligèrent à s’éloigner, et qui étaient ordinairement dans les attributions de Tim Linkinwater. Nicolas ne put s’empêcher de soupçonner qu’on l’envoyait en course tout exprès, et qu’on recevait la jeune dame en son absence. Mais rien ne transpira qui confirmât ses soupçons, et aucun aveu propre à les corroborer ne put être obtenu de Tim Linkinwater.


CHAPITRE XXXII.

Un soleil ardent avait brûlé toute la journée le pavé de Snow hill, et les têtes de Maure qui gardaient l’entrée de l’hôtellerie dont elles étaient l’enseigne. Dans l’un des plus petits salons de l’hôtel, dont la fenêtre ouverte laissait pénétrer en épais nuages les exhalaisons salutaires de l’écurie, une table bien garnie présentait le