Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/212

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Qui donc ne partagea point la joie générale, quand il avait plus que tous besoin d’être heureux ? Qui donc, dans le silence de sa chambre solitaire, se mit à genoux pour répéter la prière que son premier ami lui avait enseignée, joignit les mains et les tendit avec égarement, et tomba la face contre terre dans un accès d’amère douleur ?


CHAPITRE XXXIV.

Il y a des hommes dont le seul but est de s’enrichir, n’importe comment, qui apprécient parfaitement la bassesse des moyens qu’ils emploient chaque jour, et affectent cependant le ton de la probité, et gémissent de la dépravation des hommes. Les plus vils scélérats qui marchent, ou plutôt qui rampent en ce monde par les voies les plus sales et les plus étroites, jugent gravement les événements du jour, et tiennent avec le ciel un compte en règle, dont la balance est constamment en leur faveur.

Ralph Nickleby n’était pas un homme de cette trempe. Sévère, opiniâtre, cuirassé, impénétrable, Ralph ne cherchait dans la vie et au-delà qu’à assouvir deux passions : la première et la plus violente, c’était l’avarice ; et la seconde, c’était la haine. Feignant de se considérer comme le type de l’homme, il ne se donnait point la peine de dissimuler son véritable caractère, et choyait sans scrupule tous les mauvais desseins qui germaient en son cœur ; le seul précepte de l’Écriture auquel il fît attention était celui-ci : Connais-toi toi-même. Il se connaissait bien ; et aimant à s’imaginer que tous les mortels étaient jetés dans le même moule, il les détestait tous. Les plus fiers d’entre nous ont trop d’amour-propre pour se haïr ; mais, comme nous jugeons involontairement les autres par nous-mêmes, ceux qui raillent habituellement la nature humaine et affectent de la mépriser sont en général les plus vils et les plus méchants.

Mais occupons-nous de Ralph, qui regardait Newman Noggs d’un œil sévère, pendant que ce digne personnage ôtait ses gants sans doigts, les étalait avec soin sur la paume de sa main gauche, les polissait avec soin, et les roulait d’un air distrait et comme entièrement absorbé par cette intéressante occupation.

— Il a quitté Londres ! dit Ralph lentement. Vous vous trompez. — Pas du tout ; il est parti. — Est-ce qu’il est tombé en enfance ? — Je ne sais ; mais il est parti.

La répétition de ce mot parti semblait procurera Newman Noggs un plaisir pro-