Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/227

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M. Snawley regarda fermement son fils pendant une bonne minute, se couvrit les yeux avec la main, éleva de nouveau son chapeau vers le ciel, et parut déplorer profondément cet excès d’ingratitude. Puis il passa sa main sur ses yeux, il ramassa le chapeau de M. Squeers, le prit sous son bras, mit le sien sous l’autre, et s’éloigna lentement.

— Vos rêves sont détruits, Monsieur, dit Ralph à Nicolas. Ce n’est pas un inconnu, ce n’est pas l’héritier persécuté d’une haute famille, mais le fils imbécile et faible d’un pauvre marchand. Nous verrons si votre sympathie survivra à la connaissance de la réalité. — Nous verrons, dit Nicolas en lui faisant signe de sortir. — Apprenez, Monsieur, ajouta Ralph, que je n’ai nullement supposé que vous nous le rendriez ce soir. L’orgueil, l’entêtement, les beaux sentiments que vous affectez, tout s’y opposait. Mais nous saurons bientôt vous réduire, Monsieur. Les dépenses, les tracas, les tourments et l’insomnie d’un procès briseront votre esprit hautain. Quand vous aurez fait de cette maison un enfer, attiré mille chagrins sur ce malheureux et sur ceux qui vous regardent comme un héros, nous pourrons régler notre compte et décider quel sera le débiteur, même aux yeux du monde.

Ralph Nickleby se retira ; mais M. Squeers, qui avait entendu une partie de cette apostrophe, furieux de voir sa méchanceté impuissante, ne put s’empêcher de retourner à la porte du salon. Là, il fit une douzaine de gambades avec accompagnement de grimaces hideuses, pour exprimer sa foi intime dans la défaite prochaine de Nicolas.

Après cela, M. Squeers suivit ses amis, et laissa la famille réfléchir à ce qui s’était passé.


CHAPITRE XXXVI.

Après avoir longtemps examiné la pénible position où il se trouvait Nicolas se décida à demander conseil aux deux frères. Il profita de la première occasion où il fut seul avec M. Charles Cheeryble, pour lui raconter l’histoire de Smike. Il exprima le ferme espoir que, vu les circonstances, le bon vieillard ne le blâmerait pas d’intervenir entre le père et l’enfant, et de soutenir ce dernier dans sa désobéissance.

— L’horreur qu’il éprouve pour cet homme est telle, ajouta Nicolas, que j’ai peine à croire qu’il soit réellement son fils. La nature ne paraît pas avoir mis en lui