Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/29

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prendre, répondit Nicolas. — Eh bien ! j’en suis touchée, voilà tout ce que je puis dire, tant pour le compte de votre mère et de votre sœur que pour le vôtre. Votre sœur est très-jeune, monsieur Nickleby, et c’est une raison de plus pour qu’elle ait un protecteur auprès d’elle. Je l’ai décidée à m’accorder une séance ou deux pour le cadre de la porte. Ah ! ce sera une charmante miniature !

En parlant ainsi, miss la Creevy prit en main un portrait sur ivoire parsemé de veines bleues et le regarda avec tant de complaisance que Nicolas envia le sort de l’artiste.

— Si vous êtes jamais à même de témoigner quelque bonté à Catherine, dit Nicolas en tendant la main à miss la Creevy, je pense que vous le ferez. — Comptez là-dessus, dit la bonne et bienveillante artiste, et que Dieu vous garde, monsieur Nickleby ! Je vous souhaite mille prospérités.

Après avoir mis fin à cette entrevue inattendue, Nicolas se hâta de sortir. Il n’était que sept heures lorsqu’il trouva un homme pour porter sa malle ; il marcha lentement, précédant de quelques pas le commissionnaire.

Très-probablement le cœur de Nicolas n’était pas aussi tranquille que celui de son compagnon, quoique ce dernier ne portât point de gilet, et qu’on s’aperçût à ses vêtements qu’il avait passé la nuit dans une écurie et déjeuné près d’une pompe.

Nicolas regarda avec non moins de curiosité que d’intérêt les préparatifs que l’on faisait pour le jour naissant dans toutes les rues et dans presque toutes les maisons. Il songea qu’il était pénible d’être obligé d’aller chercher au loin des moyens d’existence lorsque tant de gens de tous rangs et de toutes conditions en trouvaient dans la capitale. Nicolas arriva bientôt à la Tête de Maure. Il congédia le commissionnaire, fit mettre sa malle en lieu sûr dans le bureau de la diligence, et entra dans le restaurant pour y chercher M. Squeers.

Il y trouva cet honorable savant en train de déjeuner. Les trois petits garçons déjà mentionnés, et deux autres que M. Squeers avait eu le bonheur de recruter depuis leur dernière entrevue, étaient en rang sur un banc en face de la table. M. Squeers avait devant lui une petite mesure de café, une assiette de rôties chaudes et un morceau de bœuf froid. Il s’occupait de préparer le déjeuner des enfants.

— Y a-t-il là pour quatre sous de lait, garçon ? dit M. Squeers plongeant du regard au fond d’un grand pot bleu et l’inclinant légèrement pour s’assurer de la quantité de liquide qu’il contenait. — Pour quatre sous, Monsieur, répondit le gar-