Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, II.djvu/91

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le sage.

De quelle religion ?


le parrain.

Il suit celle qu’il a trouvée écrite au fond de son cœur ; celle qui rend à l’Être suprême l’hommage le plus pur et le plus digne de lui ; celle qui n’a pas son existence dans certains temps et dans certains lieux, mais qui est de tous les temps et de tous les lieux ; celle qui a guidé les Socrate et les Aristide ; celle qui durera jusqu’à la fin des temps, parce que le code en est gravé dans le cœur humain, tandis que les autres ne feront que passer comme toutes les institutions humaines, que le torrent des siècles emmène et emporte avec lui.


le sage.

Jeune homme, que croyez-vous ?


le prosélyte.

Tout ce qui est prouvé, mais non pas au même degré. Il y a des preuves de différents ordres qui emportent chacune un différent degré de croyance. La preuve physique et mathématique doit passer avant la preuve morale, comme celle-ci doit l’emporter sur la preuve historique. Écartez-vous de là, vous n’êtes plus sûr de rien ; et c’est du renversement de cet ordre que sont nées toutes les erreurs qui couvrent la terre. C’est la préférence qu’on a donnée à la preuve historique sur les autres, qui a donné cours à toutes les fausses religions [1]. Une fois qu’il a été reçu que le témoignage des hommes devait prévaloir sur le témoignage de la raison, la porte a été ouverte à toutes les absurdités ; et l’autorité, substituée partout aux principes les plus évidents, a fait de l’univers entier une école de mensonge.


le sage.

Croyez-vous au témoignage des hommes ?


le prosélyte.

Oui, lorsque je les connais éclairés et de bonne foi ; mais il y a tant de fourbes et d’ignorants !


le sage.

Croyez-vous au témoignage de Dieu ?

  1. Toutes les religions positives sont fondées sur la preuve historique. (Diderot.)