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Après que Mangogul eut achevé le discours académique de Girgiro l’entortillé, il fit nuit, et l’on se coucha.
Cette nuit, la favorite pouvait se promettre un sommeil profond ; mais la conversation de la veille lui revint dans la tête en dormant ; et les idées qui l’avaient occupée se mêlant avec d’autres, elle fut tracassée par un songe bizarre, qu’elle ne manqua pas de raconter au sultan.
« J’étais, lui dit-elle, dans mon premier somme lorsque je me suis sentie transportée dans une galerie immense toute pleine de livres : je ne vous dirai rien de ce qu’ils contenaient ; ils furent alors pour moi ce qu’ils sont pour bien d’autres qui ne dorment pas : je ne regardai pas un seul titre ; un spectacle plus frappant m’attira tout entière.
« D’espace en espace, entre les armoires qui renfermaient les livres, s’élevaient des piédestaux sur lesquels étaient posés des bustes de marbre et d’airain d’une grande beauté : l’injure des temps les avait épargnés ; à quelques légères défectuosités prés, ils étaient entiers et parfaits ; ils portaient empreintes cette noblesse et cette élégance que l’antiquité a su donner à ses ouvrages ; la plupart avaient de longues barbes, de grands fronts comme le vôtre, et la physionomie intéressante.
« J’étais inquiète de savoir leurs noms et de connaître leur mérite, lorsqu’une femme [1] sortit de l’embrasure d’une fenêtre, et m’aborda : sa taille était avantageuse, son pas majestueux et sa démarche noble ; la douceur et la fierté se confondaient dans ses regards ; et sa voix avait je ne sais quel charme qui pénétrait ; un casque, une cuirasse, avec une jupe flottante de satin blanc, faisaient tout son ajustement. « Je connais votre embarras, me dit-elle, et je vais satisfaire votre curiosité. Les hommes dont les bustes vous ont frappé furent mes favoris ; ils ont consacré leurs veilles à perfectionner des beaux-arts, dont on me doit l’invention : ils vivaient dans les pays de la
- ↑ Minerve.