Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, V.djvu/429

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moi.

Et cependant vous n’êtes attendu nulle part ?

lui.

Il est vrai.

moi.

Et pourquoi employer toutes ces petites viles ruses-là ?

lui.

Viles ! et pourquoi, s’il vous plaît ? Elles sont d’usage dans mon état ; je ne m’avilis pas en faisant comme tout le monde. Ce n’est pas moi qui les ai inventées, et je serais bizarre et maladroit de ne pas m’y conformer. Vraiment, je sais bien que si vous allez appliquer à cela certains principes généraux de je ne sais quelle morale qu’ils ont tous à la bouche et qu’aucun d’eux ne pratique, il se trouvera que ce qui est blanc est noir, et que ce qui est noir sera blanc ; mais, monsieur le philosophe, il y a une conscience générale, comme il y a une grammaire générale, et puis des exceptions dans chaque langue, que vous appelez, je crois, vous autres savants, des… aidez-moi donc, des…

moi.

Idiotismes.

lui.

Tout juste. Eh bien, chaque état a ses exceptions de la conscience générale auxquelles je donnerais volontiers les noms d’idiotismes de métier.

moi.

J’entends. Fontenelle parle bien, écrit bien, quoique son style fourmille d’idiotismes français.

lui.
Et le souverain, le ministre, le financier, le magistrat, le militaire, l’homme de lettres, l’avocat, le procureur, le commerçant, le banquier, l’artisan, le maître à chanter, le maître à danser, sont de fort honnêtes gens, quoique leur conduite s’écarte en plusieurs points de la conscience générale, et soit remplie d’idiotismes moraux. Plus l’institution des choses est
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