Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 10.djvu/12

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


au-lieu de cela appellent leurs grands & leurs magistrats quan, ou quan-fu, ce qui signifie serviteur ou ministre d’un prince. Il y a à la Chine neuf sortes de mandarins ou degrés de noblesse qui ont pour marque divers animaux. Le premier a une grue, pour marque de son rang ; le second a un lion ; & le troisieme a un aigle ; le quatrieme a un paon, &c. Il y a en tout 32 ou 33 mille mandarins ; il y a des mandarins de lettres & des mandarins d’armes. Les uns & les autres subissent plusieurs examens ; il y a outre cela des mandarins civils ou de justice. Depuis que les Tartares se sont rendus maîtres de la Chine, la plûpart des tribunaux sont mi-partis, c’est-à-dire au-lieu d’un président on en a établi deux, l’un tartare & l’autre chinois. Ceux de la secte de Confucius ont ordinairement grande part à cette distinction. Dans les gouvernemens qu’on leur confie, & qui sont toujours éloignés de leur naissance, pour éviter les injustices que l’amitié, la proximité du sang pourroient leur faire commettre, ils ont un vaste & riche palais ; dans la principale salle est un lieu élevé où est placée la statue du roi, devant laquelle le mandarin s’agenouille avant que de s’asseoir sur son tribunal. On a un si grand respect pour les mandarins qu’on ne leur parle qu’à genoux ; les voyageurs vantent fort leur intelligence & leur équité. Le mandarinat n’est pas héréditaire, & l’on y éleve que des gens habiles. Voyez Lettrés.

Mandarin, (Littérat.) est aussi le nom que les Chinois donnent à la langue savante du pays. Voyez Langue. Outre le langage propre & particulier de chaque nation & de chaque province, il y en a un commun à tous les savans de l’empire, qui est ce qu’on appelle le mandarin, c’est la langue de la cour : les officiers publics, comme les notaires ou greffiers, les jurisconsultes, les juges, les magistrats écrivent & parlent le mandarin. Voyez Chinois.

MANDARU, (Botan. exot.) arbre de Malabar, qui porte des siliques & des feuilles divisées en deux ; arbor siliquosa, malabarica, foliis bifidis, foliis purpura striatis, de Syen. Il est décrit dans l’histoire des plantes de Zanoni, sous le nom d’assitra, ou arbor sancti Thomæ, parce que ses feuilles sont tachetées de rouge. Ray en compte quatre especes, dont on peut voir la description dans son Histoire des plantes. (D. J.)

MANDAT ou PROCURATION, (Jurisp.) mandatum, c’est un contrat par lequel quelqu’un se charge gratuitement de faire quelque chose pour une autre personne.

Ce contrat appellé mandatum chez les Romains, étoit mis au nombre des contrats nommés de bonne foi & synallagmatiques qui sont parfaits par le seul consentement.

Parmi nous on se sert plutôt du terme de mandement, & encore plus de celui de procuration. Le mandat differe néanmoins de la procuration, en ce que celle-ci suppose un pouvoir par écrit, au-lieu que le mandat peut n’être que verbal ; néanmoins le terme de mandat est plus général, & comprend tout pouvoir donné à un tiers, soit verbalement ou par écrit. Voyez Procuration.

Le mandat produit une double action que les Romains appelloient directe & contraire.

La premiere appartient au mandant contre son mandataire, pour lui demander compte de sa mission ; le mandataire est tenu, non-seulement de son dol, mais aussi de sa faute & de sa négligence ; il ne doit point excéder les bornes du mandat.

L’action contraire appartient au mandataire pour répéter les frais qu’il a fait de bonne foi.

Le mandat peut être contracté en diverses manieres, savoir en faveur du mandant seul, ou du mandant & du mandataire, ou en faveur d’un tiers, ou


bien en faveur du mandant & d’un tiers, enfin en faveur du mandataire & d’un tiers.

Le mandat finit, 1°. par la mort du mandant, à-moins que le mandataire, ignorant cette mort, n’ait achevé de bonne foi de remplir sa commission.

2°. Il finit aussi par la mort du mandataire, les choses étant encore entieres.

3°. Il peut être révoqué pourvû que ce soit à tems.

4°. Le mandataire peut renoncer au mandat pourvû que le mandant puisse y suppléer, soit par lui-même ou par un autre. Voyez au Digeste le titre mandati vel contra, & au Code de mandato, & aux Institutes, liv. III. tit. vij. (A)

Mandat apostolique, (Jurisprud.) est un rescrit ou une lettre du pape, par lequel il enjoint à un collateur ordinaire de conférer le premier bénéfice qui vaquera à sa collation, à l’ecclésiastique qui est dénommé dans le mandat.

Tous les interpretes du droit canon sont d’accord que cette façon de conférer les bénéfices n’a point été en usage dans les onze premiers siecles de l’Eglise ; & en effet il ne s’en trouve aucun exemple dans le decret de Gratien qui fut publié l’an 1151.

On tient communément que ce fut Adrien IV. lequel monta sur le saint siege en 1154, qui introduisit l’usage de ces sortes de mandats, en demandant que l’on conférât des prébendes aux personnes qu’il désignoit. Il y a une lettre de ce pape qui prie l’évêque de Paris, en vertu du respect qu’il doit au successeur du chef des apôtres, de conférer au chancelier de France la premiere dignité ou la premiere prébende qui vaqueroit dans l’église de Paris.

Les successeurs d’Adrien regarderent ce droit comme attaché à leur dignité, & ils en parlent dans leurs decrétales comme d’un droit qui ne peut leur être contesté.

Au commencement, l’usage de ces mandats étoit peu fréquent ; ce n’étoient d’abord que de simples prieres que les papes adressoient aux collateurs ordinaires, lesquels se faisoient honneur d’y déferer volontairement ; dans la suite, ces requisitions devenant plus fréquentes, & les collateurs ordinaires se trouvant gênés par-là, il y eut des évêques qui ne voulurent point y avoir égard. C’est pourquoi le pape accompagna la priere qu’il leur faisoit d’une injonction & d’un mandement. Et comme il y avoit des évêques qui refusoient encore d’exécuter ces mandats, les papes nommerent des exécuteurs pour conférer les benéfices aux mandataires, au cas que les collateurs négligeassent d’en disposer en leur faveur. Etienne de Tournay fut nommé éxécuteur des mandats adressés par le pape au chapitre de S. Agnan, & déclara nulles les provisions que ce chapitre avoit accordées, au préjudice des mandats apostoliques.

La pragmatique attribuée à S. Louis, abolit indirectement les mandats, en maintenant le droit des collateurs & patrons ; mais on n’est pas d’accord sur l’authenticité de cette piece ; ce qui est de certain, c’est qu’on se plaignit en France des mandats. Peu de tems après S. Louis, le celébre Durand évêque de Mendes, les mit au rang des choses qu’il falloit faire réformer par le concile général : cependant le concile de Vienne ne changea rien à cet égard.

Dans le xv. siecle, tems auquel le schisme d’occident duroit encore, les François s’étant soustraits à l’autorité des papes de l’une & l’autre obédience, firent des réglemens contre les mandats, mais cela n’eut lieu que pendant cette séparation : le concile de Basle & la pragmatique-sanction conserverent au pape le droit d’accorder des mandats.

Cependant le concile de Basle en modera l’usage,