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plus ou moins analogues, telles que la ciguë, le tabac, &c. dans des onguens ou des emplâtres ; leur application, dis-je, sous toutes ces formes est fort recommandée contre les obstructions des visceres, & sur-tout contre les tumeurs dures de la rate.

On prépare aussi une huile de mandragore par infusion & par décoction, à laquelle on a attribué les mêmes vertus.

Le fruit de mandragore, dont on ne fait aucun usage, a été regardé aussi comme ayant la vertu d’assoupir & d’engourdir, soit par sa pulpe, soit par ses graines. Mais il a été démontré par des expériences, qu’on pouvoit manger des fruits de mandragore avec leur graine, sans en éprouver le moindre assoupissement, ni aucune autre incommodité.

La mandragore entre dans les compositions suivantes de la pharmacopée de Paris ; savoir, ses feuilles dans le baume tranquille, dans l’onguent populeum, & l’écorce de sa racine dans le requies de Nicolas Mirepse.

Les fables que les anciens ont débitées sur la mandragore, se sont des long-tems répandues chez le peuple ; il sait que la racine de mandragore produit des effets surprenans par sa prétendue figure humaine, qu’elle procure sur-tout la fécondité aux femmes ; que les plus excellentes de ces racines sont celles qui sont arrosées de l’urine d’un pendu ; qu’on ne peut les arracher sans mourir ; que, pour éviter ce malheur, on creuse la terre tout autour de cette racine ; qu’on y fixe une corde qui est attachée par son autre extrémité au cou d’un chien ; que ce chien étant ensuite chassé, arrache la racine en s’ensuyant ; qu’il succombe à cette opération, & que l’heureux mortel qui ramasse alors cette racine, ne court plus le moindre danger, mais qu’il possede au contraire en elle un trésor inestimable, un rempart invincible contre les maléfices, une source éternelle de bonheur, &c. On ne meurt point en arrachant la racine de mandragore ; cette prétention seule a paru digne d’être examinée, & elle l’a été ; les autres sont trop misérables, pour qu’elles méritent de faire naître le moindre doute.

MANDRALÆ, (Géog. anc.) peuple de l’Inde en-deçà du Gange, & qui s’étendoient jusqu’à ce fleuve. Ptolomée leur donne pour capitale Palibothra.

MANDRE, s. f. Mandra, (Hist. ecclés. greq.) les savans conviennent du sens de ce mot qui, dans les écrivains ecclésiastiques sur-tout de l’Eglise d’Orient, signifie un couvent, un monastere. Les Grecs modernes l’emploient dans cette signification, & on a formé de ce terme celui de mandrite, pour dire un moine. Dans la langue grecque, les glossaires appellent une caverne, une grotte, μανδρα. Les solitaires d’Orient ont anciennement logé dans les grottes. Le Carmel, le mont Liban, le mont Sinaï & la haute Egypte sont pleines de grottes, qui ont servi de retraite à des solitaires. Ainsi le mot mandre, dans le sens de monastere, convient assez à cette origine, & c’est vraissemblablement la véritable.

MANDRIA, (Géog.) petite île de l’Archipel, près de la côte de la Natolie. Elle est déserte, & toute entourée de rochers en l’île de Samos au septentrion & celle de Calamo au midi, à 15 milles de celle de Palmoso, anciennement Pathmos. (D. J.)

MANDRIN, s. m. (Art méchaniq.) instrument à l’usage d’un grand nombre d’artisans. Voyez les articles suivans, presque par-tout il fait la fonction de moule ou modele, & a la forme d’une autre piece.

Mandrin de porte mouchette, en terme d’Argenteur, est un cercle de fer un peu ovale, soutenu sur trois piés, traversé en long par deux barres immobiles, & percés de plusieurs trous pour recevoir deux autres traverses qui s’approchent & s’éloignent


autant qu’on veut, selon la longueur de la piece : ces traverses y sont attachées par d’autres petites parties qui y sont vissées ; & deux especes de petites machines aussi retenues par des vis, arrêtent le porte-mouchette entr’elles & les traverses. Il faut que tout mandrin d’argenteur soit toujours également chaud, sans quoi l’argent ne prendroit pas. Voyez Planche de l’Argenteur.

Mandrin à éguiere, (Argenteur.) est une espece d’étau creux dans son intérieur, dont les Argenteurs se servent pour argenter les éguieres.

Mandrin, terme d’Artillerie, espece de moule ou de petit cylindre de bois, dont on se sert pour former les cartouches propres au fusil. Les mandrins y doivent être parfaitement cylindriques, & avoir 7 à 8 pouces de longueur, & 6 lignes 3 quarts de diametre, suivant une ordonnance sur les cartouches, donnée en 1738. Ils doivent être creusés dans les deux bouts en cavité sphérique, en sorte que de quelque côté que l’on s’en serve, cette cavité puisse recevoir & embrasser environ un tiers de la balle. (Q)

Mandrin, en terme de Chauderonnier, c’est un long bâton de fer qui diminue proportionnellement, & sur lequel on forme le tuyau d’un cor-de-chasse. Voyez les Pl. du Chauderonnier.

Mandrin, en terme de Doreur, sont des plateaux de bois de plusieurs grandeurs, sur lesquels on travaille les plus grandes pieces. Il n’est guere possible de leur donner une forme qui serve de modele. Ils la doivent au caprice, comme les pieces auxquelles ils servent. Voyez dans nos Planches du Doreur les figures qui représentent les mandrins nécessaires pour tenir toutes les pieces d’une épée.

Il y a le mandrin de plaque ; le coin pour faire serrer le mandrin.

Le poinçeau monté sur son mandrin.

Le plaque d’épée montée sur son mandrin.

Le coin dudit mandrin.

Le mandrin de corps, sur lequel est monté un corps d’épée.

Le coin dudit mandrin.

Mandrin à boutons, (Doreur en feuilles.) sont des formes de boutons de cuivre montés sur une branche de fer, sur lesquelles on brunit les boutons. Il faut avoir soin de faire chauffer ces mandrins à chaque bouton que l’on brunit. Voyez Brunir.

Mandrin, (Fourbisseur.) les Fourbisseurs appellent ainsi un outil qui leur sert à soutenir, entr’ouvrir & travailler plusieurs pieces de la garde de leurs épées & des fourreaux. Ils en ont de cinq sortes, qui sont le mandrin de plaque, le mandrin de garde, le mandrin de corps, le mandrin de branche & le mandrin de bout. Ce dernier sert pour le bout du fourreau, & les quatre autres aux manœuvres. Tous ces outils sont de fer. Voyez bloc de corps, bloc de plaque & mandrin de bout, Planche du Fourbisseur & du Cizeleur-Damasquineur.

Mandrin de bout, (Fourbisseur.) les Fourbisseurs se servent de deux morceaux de fer forgés, ressemblant à des limes, mais qui sont unis, qui sont plus larges au milieu, & finissent un peu en diminuant, pour relever les bosses des bouts des fourreaux d’épées & les viroles d’en-haut, & aussi pour passer sur les fourreaux quand ils ont peine à entrer sur les lames ; cela se fait en tenant ces deux morceaux de fer des deux mains, & mettant entre les deux la lame dans son fourreau, & faisant glisser ces deux morceaux de fer de bas en-haut, cela presse le fourreau, & l’élargit tant soit peu. Voyez la fig. Pl. du Fourbisseur.

Mandrin de chapes, en terme de Fourbisseur, est un fer triangulaire, dont les pans sont arrondis, sur lequel on dore ou l’on argente des chapes d’épées.