Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 10.djvu/37

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de l’édifice, ou à la maniere dont il est bâti.

A l’égard du premier point, les anciens monumens d’architecture, sur-tout ceux des pays orientaux l’emportoient de beaucoup sur les modernes. Que pouvoit-on voir de plus étonnant que les murailles de Babylone, que ses jardins bâtis sur des voûtes, & que son temple dédié à Jupiter-Bélus, qui s’élevoit à la hauteur d’un mille, où il y avoit huit différens étages, chacun haut d’un stade (125 pas géométriques), & au sommet l’observatoire babylonien ? Que dirons-nous de ce prodigieux bassin, de ce réservoir artificiel qui contenoit l’Euphrate, jusqu’à ce qu’on lui eût dressé un nouveau canal, & de tous les fossés à travers lesquels on le fit couler ? Il ne faut point traiter de fables ces merveilles de l’art, parce que nous n’avons plus aujourd’hui de pareils ouvrages. Tous les Historiens qui les décrivoient n’étoient ni fourbes ni menteurs. La muraille de la Chine est un de ces édifices orientaux qui figurent dans la mappemonde, & dont la description paroîtroit fabuleuse, si la muraille elle-même ne subsistoit aujourd’hui.

Pour ce qui regarde la grandeur de maniere, dans les ouvrages d’architecture, nous sommes bien éloignés d’égaler celle des Grecs & des Romains. La vûe du seul Panthéon de Rome suffiroit pour désabuser ceux qui penseroient le contraire. Je n’ai pas trouvé de juge qui ait vû ce superbe temple, sans reconnoître qu’ils avoient été frappés de sa noblesse & de sa majesté.

Cette grandeur de maniere, en architecture, a tant de force sur l’imagination, qu’un petit bâtiment où elle regne, donne de plus nobles idées à l’esprit, qu’un autre bâtiment vingt fois plus étendu à l’égard de la masse, où cette maniere est commune. C’est ainsi peut-être qu’on auroit été plus surpris de l’air majestueux qui paroissoit dans une statue d’Alexandre faite par la main de Lisippe, quoiqu’elle ne fût pas plus grande que le naturel, qu’on ne l’auroit été à la vûe du mont Athos, si, comme Dinocrate le proposoit, on l’eût taillé pour représenter ce conquérant, avec une riviere sur l’une de ses mains, & une ville sur l’autre.

M. de Chambray dans son parallele de l’architecture ancienne avec la moderne, recherche le principe de la différence des manieres, & d’où vient qu’en une pareille quantité de superficie, l’une semble grande & magnifique, & l’autre paroit petite & mesquine : la raison qu’il en donne est fort simple ; il dit que pour introduire dans l’architecture cette grandeur de maniere, il faut faire que la division des principaux membres des ordres ait peu de parties, & qu’elles soient toutes grandes & de grands reliefs, afin que l’œil n’y voyant rien de petit, l’imagination en soit fortement touchée. Dans une corniche, par exemple, si la doucine du couronnement, le larmie, les modillons ou les denticules viennent à faire une belle montre avec de grandes saillies, & qu’on n’y remarque point cette confusion ordinaire de petits cavets, de quarts de ronds, d’astragales, & je ne sais quelles autres particularités entremêlées, qui loin de faire bon effet dans les grands ouvrages, occupent une place inutilement & aux dépens des principaux membres, il est très-certain que la maniere en paroîtra fiere & grande ; tout au-contraire, elle deviendra petite & chetive, par la quantité de ces mêmes ornemens qui partagent l’angle de la vûe en tant de rayons si pressés, que tout lui semble confus.

En un mot, sans entrer dans de plus grands détails qui nous meneroient trop loin, il suffit d’observer qu’il n’y a rien dans l’Architecture, la Peinture, la Sculpture, & tous les beaux-arts, qui plaise davantage que la grandeur de maniere : tout ce qui est ma-


jestueux frappe, imprime du respect, & sympatise avec la grandeur naturelle de l’ame. (D. J.)

Maniere, en Peinture, est une façon particuliere que chaque peintre se fait de dessiner, de composer, d’exprimer, de colorier, selon que cette maniere approche plus ou moins de la nature, ou de ce qui est décidé beau, on l’appelle bonne ou mauvaise maniere.

Le même peintre a successivemant trois manieres & quelquefois davantage ; la premiere vient de l’habitude dans laquelle il est d’imiter celle de son maître : ainsi l’on reconnoît par les ouvrages de tel, qu’il sort de l’école de tel ou tel maître ; la seconde se forme par la découverte qu’il fait des beautés de la nature, & alors il change bien avantageusement ; mais souvent au-lieu de substituer la nature à la maniere qu’il a prise de son maître, il adopte par préférence la maniere de quelque autre qu’il croit meilleure ; enfin de quelques vices qu’ayent été entachées ses différentes manieres, ils sont toujours plus outres dans la troisieme que prend un peintre, & sa derniere maniere est toujours la plus mauvaise. De même qu’on reconnoît le style d’un auteur ou l’écriture d’une personne qui nous écrit souvent, on reconnoît les ouvrages d’un peintre dont on a vu souvent des tableaux, & l’on appelle cela connoître la maniere. Il y a des personnes qui pour avoir vû beaucoup de tableaux, connoissent les differentes manieres, & savent le nom de leurs auteurs, même beaucoup mieux que les Peintres, sans que pour cela ils soient en état de juger de la beauté de l’ouvrage. Les Peintres sont si maniérés dans leurs ouvrages, que quoique ce soit à la maniere qu’on les reconnoisse, les ouvrages de celui qui n’auroit point de maniere feroient le plus facilement reconnoître leur auteur.

MANIES, s. f. (Myth.) déesses que Pausanias croit être les mêmes que les Furies ; elles avoient un temple sous ce nom dans l’Arcadie, près du fleuve Alphée, au même endroit où Oreste perdit l’esprit, après avoir tué sa mere. (D. J.)

MANIETTE, s. f. (Imprimeur en toile.) petit morceau de feutre dont on se sert pour frotter les bords du chassis.

MANIEURS, s. m. pl. (Comme.) ce sont des gagnes-deniers établis sur les ports de Paris, & qui y subsistent en remuant avec des pelles les blés qui y restent quelque tems. Ils ne font pas de corps, comme plusieurs autres petits officiers de la ville. Diction. de commerce.

MANIFESTE, s. m. (Droit polit.) déclaration que font les Princes, & autres puissances, par un écrit public, des raisons & moyens sur lesquels ils fondent leurs droits & leurs prétentions, en commençant quelque guerre, ou autre entreprise ; c’est en deux mots l’apologie de leur conduite.

Les anciens avoient une cérémonie auguste & solemnelle, par laquelle ils faisoient intervenir dans la déclaration de guerre, la majesté divine, comme témoin & vengeresse de l’injustice de ceux qui soutiendroient une telle guerre injustement. Peut-être aussi que leurs ambassadeurs étaloient les raisons de la guerre dans des harangues expresses, qui précédoient la dénonciation des hérauts d’armes : du moins nous trouvons de telles harangues dans presque tous les Historiens, en particulier dans Polybe, dans Tite-Live, dans Thucydide, & ces sortes de pieces sont d’un grand ornement à l’histoire. Que ces harangues soient de leur propre génie ou non, il est très-probable que le fond en est vrai, & que les raisons justificatives, ou seulement persuasives, ont été publiées & alléguées des deux côtés. Sans doute que les Romains employoient toute leur force de plume pour colorer leurs guerres, & sur cet arti-