Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 10.djvu/7

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pas en quel tems. Elle doit son origine à la liberté qu’un jeune homme se donna de mettre la main sur le sein d’une fille qu’il aimoit & qu’il vouloit épouser. Cette action avant été déférée au tribunal de l’église des Anabatistes, les uns soutinrent qu’il devoit être excommunié ; & les autres dirent que sa faute méritoit grace, & ne voulurent jamais consentir à son excommunication. Cela causa une division entr’eux, & ceux qui s’étoient déclarés pour ce jeune homme, furent appellés du nom odieux de mammillaires. M. Miralius, syntagm. histor. ecclés. pag. 1012, édit. 1679. Bayle, dictionn. critiq. 2 édit. 1702.

MAMMINIZZA, (Géog.) bourg de Grece dans la Morée, sur la côte occidentale, à dix ou douze milles de Patras, des deux côtés d’une riviere, & à trois milles de la mer. M. Spon croit que ce lieu étoit la ville d’Olénus, & la riviere celle de Piras. (D. J.)

MAMOÉRA, s. m. (Hist. nat. Bot.) arbre du Brésil dont il y a deux especes. L’un est mâle, il ne donne point de fruit, mais il porte des fleurs suspendues à des longues tiges, & formant des grappes qui ressemblent à celles du sureau, & qui sont inodores & d’une couleur jaunâtre. La femelle ne porte que du fruit sans aucune fleur, mais pour que cet arbre produise il faut que la femelle soit voisine du mâle. Le tronc est ordinairement de deux piés de diametre & s’eleve de neuf piés ; le fruit est rond & semblable à un melon ; sa chair est jaunâtre, elle renferme des grains noirs & luisans. Ses feuilles ressemblent à celles de l’érable, elles n’ont aucune différence dans les deux sexes.

MAMMONA, (Critiq. sacrée.) ce nom est proprement syriaque, & signitie les richesses. Jesus-Christ dit qu’on ne peut servir à la fois Dieu & les richesses : non potestis servire Deo & mammonæ. Mathieu, vj. 24. Dans saint Luc, xvj. 9. les richesses sont appellées injustes, μαμμωνᾶ ἀδικιας, soit parce qu’elles sont souvent une occasion d’injustice, soit parce qu’elles s’acquierent ordinairement par des voies injustes ; cependant Beze a, ce me semble, fort bien traduit ces paroles du V. ἀδίκω μαμμωνᾶ, par richesses trompeuses ; parce que Jesus-Christ les oppose aux véritables richesses, τω ἀληθειῶ.

On peut appuyer cette interprétation par les remarques de Grævius sur un passage d’Hésiode, oper. & dier. v. 280, où le poete s’est servi du mot δίκαια, juste, à la place de ἀληθῆ, vrai. Aussi cet habile critique l’a-t-il traduit de cette derniere façon. Ce terme, dit-il, ne signifie pas ici juste, comme on le croit communément ; mais vrai, comme il paroît par l’opposition que le poëte fait.

Il seroit superflu, ajoûte Grævius, de m’étendre à faire voir que dans l’une & l’autre langue ces termes se confondent souvent, & se prennent fréquemment l’un pour l’autre ; & les Grecs & nous, dit Priscien, employons fréquemment le terme de juste pour celui de vrai, & celui de vrai pour celui de juste. Hésiode lui-même s’est servi plus bas du terme de vérité, ἀλήθεια, à la place de celui de justice.

Il en est de même dans les écrivains sacrés. Μαμμωνᾶς τῆς ἀδικίας & μαμμωνᾶς ἄδικος, les richesses iniques, sont des richesses qui ne méritent pas ce nom, qui n’ont rien de solide, qui sont caduques & périssables. Aussi sont-elles opposées à μαμμωνᾶ ἀληθειῶ, aux vraies richesses, c’est-à-dire, à celles que Dieu dispense. Le savant Louis de Dieu a fait voir que les Hébreux, les Syriens & les Arabes, n’avoient qu’un seul mot pour exprimer les idées de justice & de vérité. Toutes ces remarques sont bonnes, mais la parabole qui précede, fait voir qu’il s’agit pourtant de richesses iniques ; c’est un intendant infidele.


MM. Simon & le Clere ne sont point d’accord sur l’origine du mot mammona. Le premier le tire du verbe aman, croire, se confier ; mais cette étymologie est moins vraissemblable que celle qui dérive ce terme de manah, nombrer ; voyez, si vous voulez, le grand dictionnaire de Buxtorff. (D. J.)

MAMMOTH, os de, (Hist. nat. Minéral.) nom que l’on donne en Russie & en Sibérie à des ossemens d’une grandeur très-considérable, que l’on trouve en grande quantité dans la Sibérie, sur les bords des rivieres de Lena & de Jenisei, & que quelques-uns ont regardé comme des ossemens d’éléphans. M. Gmelin les regarde comme des restes d’une espece de taureau, & dit qu’il faut les distinguer des os des éléphans que l’on trouve aussi dans ce même pays. Voyez l’art. Ivoire fossile, où cette question a été suffisamment discutée. Les Russiens appellent ces ossemens mammotovakost.

MAMORE, la, (Géog.) c’étoit une ville d’Afrique au royaume de Maroc, à quatre lieues E. de Salé ; on n’en connoît plus que les ruines. L’an 1515, les Portugais y perdirent plus de cent bâtimens dans une bataille contre les Maures, qui sont présentement les maîtres de cette côte. (D. J.)

MAMOTBANI, s. m. (Com.) toile de coton, blanche, fine, rayée, qui vient des Indes orientales, les plus belles de Bengale. Les pieces ont huit aunes de long, sur trois quarts, à cinq, six de large. Dictionnaire de Commerce.

MAMDUDI, s. m. (Com.) monnoie d’argent qui a cours en Perse. Un mamoudi vaut neuf sols, trois deniers, argent de France ; deux mamoudis font un abassi ; six mamoudis & un chayer, équivalent à l’écu ou nos soixante sols.

MAN, s. m. (Mythol.) divinité des anciens Germains. Ils celébroient par des chansons, entre autres le dieu Tuiston, & son fils appellé Man, qu’ils reconnoissoient pour les auteurs de la nation, & les fondateurs de l’état. Ils ne les représentoient point comme des hommes, & ne les enfermoient point dans les temples ; les bois & les forêts leur étoient consacrés, & cette horreur secrete qu’inspire le silence & l’obscurité de la nuit, servoit à ces peuples d’une divinité inconnue. (D. J.)

Man ou Mem, (Com.) poids dont on se sert aux Indes orientales, particulierement dans les états du grand Mogol. Il y a de deux sortes de mans, l’un qui est appellé man du roi, ou poids de roi, & l’autre que l’on nomme simplement man. Le man de roi sert à peser les denrées & choses nécessaires à la vie, même les charges des voitures. Il est composé de 40 serres, chaque serre valant juste une livre de Paris, de sorte que 40 livres de Paris sont égales à un man de roi. Le sieur Tavernier, dans ses observations sur le commerce des Indes orientales, ne semble pas convenir de ce rapport du man avec les poids de Paris. Selon lui, le man de Surate ne revient qu’à 34 livres de Paris, & est composé de 40, & quelquefois 41 serres ; mais la serre est d’un septieme moins forte que la livre de Paris. Il parle aussi d’un man qui est en usage à Agra capitale des états du Mogol, qui est la moitié plus fort que celui de Surrate, & qui sur le pié de 60 serres dont il est composé, fait 51 à 52 livres, poids de Paris.

Le second man, dont l’usage est pour peser les marchandises de négoce, est aussi composé de 40 serres ; mais chaque de ses serres n’est estimée que douze onces, ou les trois quarts d’une livre de Paris ; de maniere que ce deuxieme man ne pese que 30 livres de Paris, ce qui est un quart moins que le man de roi.

On se sert encore dans les Indes orientales d’une troisieme sorte de poids, que l’on appelle aussi man, lequel est fort en usage à Goa ville capitale du