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1895-1896-1897-1898

ÎLES DU SALUT


Mardi, 12 mars 1895.
Ma chère Lucie,

Le jeudi 21 février, quelques heures après ton départ, j’ai été enmené à Rochefort et embarqué.

Je ne te raconterai pas mon voyage ; j’ai été trans­porté comme le méritait le vil gredin que je repré­sente ; ce n’est que justice. On ne saurait accorder aucune pitié à un traître ; c’est le dernier des misé­rables et tant que je représenterai ce misérable, je ne puis qu’approuver.

Ma situation ici ne peut que découler encore des mêmes principes.

Mais ton cœur peut te dire tout ce que j’ai souffert, tout ce que-je souffre ; c’est horrible. Je ne vis plus que par mon âme qui espère voir luire bientôt le jour triomphant de la réhabilitation ; c’est la seule chose qui me donne la force de vivre. Sans honneur, un homme est indigne de vivre.

Toi, la vérité même, tu m’as affirmé le jour de mon départ être sûre d’aboutir bientôt ; je n’ai vécu durant cet horrible voyage, je ne vis encore que sur cette parole de toi, rappelle-toi le bien,

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