Page:Durkheim - L'Allemagne au-dessus de tout.djvu/38

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tère de fer. » Son rôle est de dominer, de maîtriser, de contraindre tant les citoyens que les États étrangers ; on dirait que son action s’exerce contre la nature des choses ; de tous côtés, elle se heurte à des résistances, égoïsme des individus, ambitions rivales des autres États, contre lesquelles il lui faut lutter. Pour en triompher, il a besoin d’une énergie indomptable. C’est pourquoi, une fois qu’il s’est fixé un but, il y va d’un pas inflexible « sans se laisser arrêter par des scrupules dans le choix des moyens et des personnes [1]. » Que l’idée de l’État, toujours présente à son esprit, l’empêche de se laisser amollir par des considérations de morale privée ou par les suggestions de la sensibilité : la philanthropie, l’humanitarisme ne sont pas son fait. Sans doute, il est inévitable que, dans ces conditions, quelque chose d’âpre, de rude, de plus ou moins haïssable s’attache à sa personne [2]. Mais peu lui importe : sa tâche n’en reste pas moins la plus noble qui puisse incomber à un être humain [3].

Ainsi, que certaines qualités de cœur lui soient utiles — ne serait-ce que pour mieux comprendre ce qui se passe dans les cœurs d’autrui — ; que, pour pouvoir agir sur les hommes, il ne puisse rester étranger aux grandes aspirations humaines ; qu’il doive employer une partie du pouvoir dont il dispose pour réaliser un peu de justice entre les individus comme entre les peuples ; qu’un peu de sympathie soit un instrument d’action dont on ne saurait se passer, c’est à quoi Treitschke ne pense même pas. — Sous le portrait idéal qu’il nous trace, on aperçoit aisément le personnage historique qui lui a servi de modèle : c’est le Chancelier de fer.

  1. « Trotz seiner Rücksichtslosigkeit in der Walh der Mittel und namentlich der Personen » (I, p. 66).
  2. « Mit allem Groben und Herben was ihn anhaften muss » (id.).
  3. Les éléments de ce portrait sont empruntés aux p. 66 et 104-105 du tome I.