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PROPOS DE THÉATRE

la scène, elle sera forcée de le devenir. Après ce malheureux début, Tartuffe ayant montré un étonnement assez naturel et une défiance assez justifiée, Elmire trouve, au cours delà discussion, des ressources de coquetterie encore un peu naïve, élémentaire et gauche (et c’est ce qu’il faut), mais enfin des ressources de coquetterie et certaines adresses de stratégie féminine. Rien de mieux. La nécessité, à ce moment, « nécessité l’ingénieuse », lui fournit quelques inventions. Elle est femme après tout, et c’est seulement l’habitude de ces sortes de choses qui lui manque. Elle n’est pas coquette ; mais elle pourra le devenir. Cela s’acquiert. Mais elle a commencé par une lourde faute, parce quMl était dans son caractère de commencer par là, et que, ce caractère, Molière voulait absolument qu’il fût marqué.

Et, en effet, c’était essentiel. Si Elmire était une coquette, la pièce clocherait ; elle serait compromise. Mme Pernelle aurait raison dans les reproches qu’elle adresse à sa bru ; Orgon serait excusable de chercher dans l’amitié d’un homme selon son cœur une compensation des déboires éprouvés ailleurs, etc. La démarcation ne serait pas aussi tranchée que Molière a voulu qu’elle fût, en cette pièce de polémique, entre les gens sensés d’une part : Cléante, Damis, Dorine, Marianne, Elmire, et les imbéciles exploités par les coquins : Orgon, Mme Pernelle, Tartuffe et Laurent. Ce que Molière veut, c’est que le public crie à Orgon : « Mais flanque donc à la porte Tartuffe et Laurent ; maintiens à distance,