Page:Fagus - Colloque sentimental entre Émile Zola et Fagus, 1898.djvu/87

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Cet officier conserve ses gants, pour cacher
Le sang dont il a teint ses doigts : c’est un boucher
Saignant la faim désarmée avec héroïsme…
Ce gaillard qui frétille dans le journalisme
De tolérance comme un poisson dans son eau,
Ne fut ni plus ni moins qu’un… vous savez le mot !
Ce gras folliculaire à la langue posthume
Fait sourire quand il lâche : Taillons la plume !
On rêve la cuvette affable qu’à Laïs
Il tendait avec tant de majesté, jadis !
Et celui-là, pontife en la Littératuire,
Est illustre pour ses amours contre nature…
Cet autre broute à trois râteliers : les catins
Le soldent pour prôner leurs talents clandestins,
Un ministre lui tend du bout de ses pincettes
L’argument décisif aux consciences ascètes
En faveur d’insolite adjudication,
Puis l’adjudicataire offre sa commission…
Cette dame à la fantastique particule
S’arroge un triple sexe, et le mot inocule
Elle l’entend toujours de travers, mais elle a
Le rouge au front devant le seul nom de Zola !…
Il est trop évident que pour ces gens austères,
Nous sommes dangereux, néfastes, délétères,
Que notre existence est une honte, et qu’il faut
Nous bien vite adjuger le bagne ou l’échafaud !

19 mai 98.

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