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faisait des repas qui duraient six heures. En écrivant Un Cœur simple, il s’est rappelé ces années-la. Mme Aubin, ses deux enfants, la maison ou elle demeure, tous les détails si vrais, si sentis de cette simple histoire, sont d°une exactitude frappante. Mm Aubin était une tante de ma grand’mére; Félicité et son perroquet ont vécu.
Dans les derniéres années, mon oncle avait un charme extrême revivre sa jeunesse. ll a écrit Un Cœur simple apres la mort de sa mère. Peindre la ville ou elle était née, le foyer où elle avait joué, ses cousins, compagnons de son enfance, c’était la retrouver, et cette douceur a contribué a faire sortir de sa plume ses plus touchantes pages, celles peut-étre où il a laissé le lus deviner `l’homme sous l’écrivain. Qu’on se rappelle seulement cette scéne entre D/l’“° Aubin et sa servante quand elles rangent ensemble les menus objets ayant appartenu a Virginie. Un grand chapeau de paille noire que portait ma grand’mére éveillait en mon oncle une émotion semblable; il prenait au clou la relique, la considérait en silence, ses yeux s’humectaient, et respectueusement il la replaçait.
Enfin l’heureuse époque de quitter le collège arriva, mais la terrible question de choisir une profession, d’embrasser une carriere, empoisonna sa joie. De vocation, il n’en avait que pour la littérature; or, « la littérature » n’est pas une carriere; elle ne mène à aucune « position ». Mon grand-pére aurait voulu que son fils fût un savant et un praticien. Se vouer a la recherche unique et exclusive du beau, de la forme, lui semblait presque une folie. Homme d’un caractere éminemment fort, d’habitudes trés actives, il comprenait difficilement le côté nerveux et un peu féminin qui caractérise toutes les organisations artistiques. Prés de sa mère, mon oncle eût trouvé plus d’encouragement, mais elle tenait à ce qu’on obéit au pére et il fut résolu que Gustave ferait son droit a