Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 5.djvu/389

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DE GUSTAVE FLAUBERT. 38 3 · J’ai été, a mon retour ici, assez in uiet de ma mère que fai trouvée tres affaiblie. Elle va mieux maintenant, Dieu merci! Mais comme c’est triste de voir les gens que l'on aime vieillir! Ou plutôt comme tout est triste, n’est—ce pas'? Je crois comprendre vos mélancolies si pro- fondes. Elles me paraissent incurables, car vous êtes comme Rachel, qui ne « voulait pas être con- solée»; vous ne voulez pas guérir. Se plaire dans sa douleur est le dernier terme de la tristesse. Avez-vous au moins été ar Nantes entendre un opéra? Et un jour, vous pourriez venir ai Paris. I Avez-vous repris votre histoire de l’Anjou ? Et vos mémoires ? En se Hxant une tache et en l’exécu— tant comme une bête de somme, la vie passe ( assez vite. r J ’ai eupendant quelques jours, le mois dernier, la visite de notre amie lVl"‘° San»:l. Quelle nature l Quelle force! Et personne en même temps n’est d’une société plus calmante. Elle vous commu- nique quelque chose de sa sérénité. Je suis*‘toujours plongé dans mon roman. ll me faut encore une bonne année avant de l’avoir fini . . . et puis je ne recommencerai plus de pareilles besognes. Cette cohabitation morale avec des bourgeois me tourne sur le cœur et m’épuise. Je sens le besoin de vivre dans des milieux plus prqpres. onnez-moi quelquefois de vos nouvelles, et ne prenez jamais mon silence pour de l’oubli, car je vous plains et je vous considère comme une amie. Tout a vous.

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