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DE Gustave FLAUBERT. I9I grand’mére n’est pas isolée. On vient lui faire des visites; mais comme elle est triste! Tu la retrou- veras bien changée! Elle ne peut plus marcher , dans sa chambre qu'en se tenant aux meubles. Ton absence prolongée Ia tue. Elle croit qu’elle ne te reverra pas et t’appelle, la nuit, en pleurant. Mm Achille a trouvé bon cle lui dire qu'il y avait beaucoup de petite vérole à Londres et elle te voit déligurée. Rassure—la à. ce sujet. .l e crois que les Prussiens ne vont pas tarder a prendre le Havre. Alors la Normandie sera peut- être libre et tu pourrais revenir. Lapierre et Raoul- Duval sont, la semaine derniere, revenus très faci- lement de Londres à Rouen. Un chemin cle fer existe de Boulogne a Saint—Valéry—sur-Somme. Là, une diligence fait le service jusqu’à Dieppe. Ton mari pourrait bien aller te chercher jusqu’à — Saint-Valéry (15 lieues, pas plus) ou même iusqu’à. Boulogne. Je crois que ses craintes sont exagé- rées sur les dangers que tu peux courir (il ne m’a pas l’air de se soucier que tu reviennes). Mais ici tout le monde pense le contraire. En tout cas, c'est une malheureuse idée que tu as eue de t’en . aller! Mais je m’applaudis bien de n’avoir pas emmené ta grandimère a Trouville. Elle y serait morte de froid, d’isolement et d'inquiétude, car le bruit a couru que ton oncle Achille etait tué, lorsque les voyous de Rouen ont tiré des coups de fusil contre le Conseil municipal. Nous attendons maintenant les troupes de Mecklembourg qui remplaceront celles de Manteufîel. Les hommes qui occupent Croisset vont être remplacés par d’autres, qui seront peut-être pires, car ils n’ont commis iusqu’à présent aucun dégât et ils ont .