Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale (1891).djvu/208

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rait entre-close comme pour donner son âme. Quelquefois, elle appuyait dessus fortement son mouchoir ; il aurait voulu être ce petit morceau de batiste tout trempé de larmes. Malgré lui, il regardait la couche, au fond de l’alcôve, en imaginant sa tête sur l’oreiller et il voyait cela si bien, qu’il se retenait pour ne pas la saisir dans ses bras. Elle ferma les paupières, apaisée, inerte. Alors, il s’approcha de plus près, et, penché sur elle, il examinait avidement sa figure. Un bruit de bottes résonna dans le couloir, c’était l’autre. Ils l’entendirent fermer la porte de sa chambre. Frédéric demanda, d’un signe, à Mme Arnoux, s’il devait y aller.

Elle répliqua « oui » de la même façon ; et ce muet échange de leurs pensées était comme un consentement, un début d’adultère.

Arnoux, près de se coucher, défaisait sa redingote.

— « Eh bien, comment va-t-elle ? »

— « Oh ! mieux ! » dit Frédéric. « Cela se passera ! »

Mais Arnoux était peiné.

— « Vous ne la connaissez pas ! Elle a maintenant des nerfs… ! Imbécile de commis ! Voilà ce que c’est que d’être trop bon ! Si je n’avais pas donné ce maudit châle à Rosanette ! »

— « Ne regrettez rien ! Elle vous est on ne peut plus reconnaissante ! »

— « Vous croyez ? »

Frédéric n’en doutait pas. La preuve, c’est qu’elle venait de congédier le père Oudry.

— « Ah ! pauvre biche ! »

Et, dans l’excès de son émotion, Arnoux voulait courir chez elle.

— « Ce n’est pas la peine ! j’en viens. Elle est malade ! »

— « Raison de plus ! »

Il repassa vivement sa redingote et avait pris son