Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/20

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au duc de Bordeaux, et précieusement conservé sous des couvertures de toile.

En allant par une galerie extérieure vers l’escalier d’Orléans, pour examiner les cariatides qui sont censées représenter François Ier, Mme de Châteaubriant et Mme d’Étampes, et tournant autour de la fameuse lanterne qui termine le grand escalier, nous avons, à plusieurs reprises, passé la tête par-dessus la balustrade, pour regarder en bas : dans la cour, un petit ânon, qui tétait sa mère, se frottait contre elle, secouait ses oreilles, allongeait son nez, sautait sur ses sabots. Voilà ce qu’il y avait dans la cour d’honneur du château de Chambord ; voilà ses hôtes maintenant : un chien qui joue dans l’herbe et un âne qui tette, ronfle, brait, fiente et gambade sur le seuil des rois !

(*> Le temps s’était radouci ; la pluie s’en était allée et le doux soleil du soir brillait quand nous arrivâmes à Amboise. Ici encore ce sont de ces bonnes rues de province comme à Blois : on y cause sur les portes, on y travaille dehors ; les femmes, presque toutes brunes, de figure douce et remarquablement jolies, ont d’excellents airs féminins, pleins d’une bénignité voluptueuse. Vous êtes en effet dans ce gras et doux pays de Touraine, pays du bon petit vin blanc et des beaux vieux châteaux et qu’arrose la Loire, le plus français des fleuves français. Les poses et les

’*’ Inédit, pages 20 à 22.

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