Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/239

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le pavé, sur nos dos nos sacs battaient la mesure, nos bâtons retombaient d’accord, et la fumée de nos pipes s’échappant sur le bord de nos cha- peaux se tordait comme un panache.

Messieurs les officiers, ébahis de cette tenue, nous regardaient d’un air stupéfait, quelques ga- mins nous suivaient de loin et on nous arrêta pour nous demander nos passeports.

II nous fut néanmoins fort agréable, arrivés à l’hôtel, de pouvoir nous rincer à l’eau chaude, de dormir enfin dans un lit propre et de nous asseoir dans un fauteuil. Nous nous plongeâmes dans les délices de la civilisation, nous prîmes un bain et ne mangeâmes point de veau.

Lorsqu’on n’est pas ingénieur, constructeur ou forgeron, Brest ne vous amuse pas considéra- blement. Le port est beau, j’en conviens; magni- fique, c’est possible; gigantesque, si vous y tenez. Ça impose, comme on dit, et ça donne l’idée d’une grande nation. Mais toutes ces piles de canons, de boulets, d’ancres, le prolongement indéfini de ces quais qui contiennent une mer sans mouve- ment et sans accident, une mer assujettie qui semble aux galères, et ces grands ateliers droits où grincent les machines, le bruit continuel des chaines des forçats qui passent en rang et travaillent en silence, tout ce mécanisme sombre, impitoyable, forcé, cet entassement de défiances organisées, bien vite vous encombre l’âme d’ennui et lasée la vue. Elle se promène à satiété sur des pavés, sur des obus, sur les rochers dans lesquels le port est

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