Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/55

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Quand nous fûmes sortis du château, nous allâmes visiter le musée. Le conservateur, occupé dans un coin à peinturlurer quelque chose, se dérangea de sa besogne et vint officieusement lier avec nous une conversation artistique, mais bientôt nous ayant vus admirer un Delacroix, le brave homme remit sa casquette sur sa tête et nous tourna les talons, ce qui nous le fit suspecter de se livrer au paysage Bertin ou au genre histoire romaine, à grands renforts de lances en queue de billard et de casques en pots à l’eau. Nous sommes restés longtemps devant un tableau dans la vieille manière allemande, représentant une Adoration des Mages; le dessin en est d’une naïveté presque ironique : un mage, vêtu d’une sorte de manteau d’évêque, se prosterne aux pieds du Christ avec un air si stupide et un front si déprimé qu’on croirait volontiers que c’est une malice du peintre; il y a des nègres singuliers, ajustés dans des caleçons rouges et couverts de colliers de corail; à une fenêtre, des femmes et des hommes passent la tête et montrent une mine ébahie. Tout cela est vivant et drôle, heurté en tons rouges et verts (un peu comme la Tentation de Saint Antoine de Breughel), intense d’expression, amusant de détail, original d’ensemble et d’un effet impossible à faire comprendre quand on ne l’a pas vu.

Nous avons aussi remarqué la Scène de carnaval, Par Lancret. Dans une grande chambre boisée, une belle dame en corsage jaune et en jupon rose, avec de longues manches aux coudes, est entre