Page:Floupette - Les Déliquescences, 1885.djvu/43

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Ici Floupette se dressa sur son chevet, et, l’œil hagard, la parole pressée : « Sais-tu, potard, ce que c’est que les mots ? Tu t’imagines une simple combinaison de lettres. Erreur ! Les mots sont vivants comme toi et plus que toi ; ils marchent, ils ont des jambes comme les petits bateaux. Les mots ne peignent pas, ils sont la peinture elle-même ; autant de mots, autant de couleurs ; il y en a de verts, de jaunes et de rouges comme les bocaux de ton officine, il y en a d’une teinte dont rêvent les séraphins et que les pharmaciens ne soupçonnent pas. Quand tu prononces : Renoncule, n’as-tu pas dans l’âme toute la douceur attendrie des crépuscules d’automne ? On dit : un cigare brun. Quelle absurdité ! Comme si ce n’était pas l’incarnation même de la blondeur que cigare. Campanule est rose, d’un rose ingénu ; triomphe, d’un pourpre de sang ; adolescence, bleu pâle ; miséricorde, bleu foncé. Et, ce n’est pas tout :