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chapitre ix

les mains de l’abbé, lequel, l’ayant lu deux fois, dit qu’après cela on ne pouvait nullement accuser ces messieurs ni d’hérésie ni de désobéissance vers Sa Sainteté. Qu’il était vrai qu’ils eussent pu faire davantage et parler plus nettement sur le fait de Jansénius, mais que ce qu’ils avaient fait était plus que suffisant pour lever tout le soupçon que l’on avait conçu contre eux sur ces deux chefs. Sur quoi M. de Paris ayant dit que c’était aussi son avis et qu’il s’en contenterait, il rendit le papier à M. de Comminges et partit avec lui pour monter dans la chambre du roi[1]. » Bossuet, ce jour-là, aurait sans hésiter fait la paix de l’Église, et Péréfixe également ; quelques heures plus tard, l’échafaudage si péniblement construit était renversé. Le Père Annat, parlant au nom du Conseil de conscience, défendit au roi de recevoir la déclaration des Augustiniens, et Péréfixe fit chorus avec le Père Annat. L’évêque de Comminges retourna tristement dans son diocèse ; à la paix qu’il avait rêvée allait succéder une guerre sans merci engagée par l’archevêque de Paris, sur l’ordre du Père confesseur armé de toute la puissance royale.

Le Père Annat, plus résolu que jamais à exterminer ses adversaires, avait mis une condition sine qua non à l’élévation de Péréfixe sur le siège de Paris : l’évêque de Rodez avait dû s’engager à persécuter Port-Royal, le confesseur se chargeant de lui en fournir les moyens. Le 29 avril 1664, douze jours après la mort de Singlin, qui put encore être enterré dans le préau du monastère, parurent des lettres patentes en forme d’édit, dressées par le Père Annat, et c’est en vertu de ces lettres, bien que le roi n’y fit point mention des mo-

  1. Hermant, Mém., tome VI. p. 488.
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