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chapitre x

dehors, les bâtiments se pressent dans l’étroit vallon, Mme de Longueville s’y fait bâtir un petit hôtel, et elle l’habite quelquefois depuis 1671. Mlle de Vertus a également le sien à côté, d’où elle ne sort plus. M. d’Andilly revenu de Pomponne en son cher désert, le réjouit de ses cheveux blancs, le fait sourire de sa présence vénérée, l’embaume de sa belle mort. Des personnes religieuses ou séculières viennent en visite pour s’édifier. C’est l’heure de Mme de Sévigné, de Boileau, des illustres amis dans le monde et qui ont voix dans la postérité. C’est l’heure où M. de Pomponne, successeur de Lyonne et secrétaire d’Etat auprès de Louis XIV, rédige ces nobles et élégantes dépêches qui sécularisent la langue des Arnauld dans les cours. Les anciens solitaires ralliés et revenus au bercail sont nombreux encore et présentent de ces noms qu’on aime, M. Hamon, M. de Tillemont, etc. On y a pour supérieur du monastère un M. Grenet, curé de Saint-Benoît, donné par l’archevêque, et bon ecclésiastique ; mais le vrai supérieur est M. de Saci, que M. de Sainte-Marthe quelquefois tempère. Au dehors, les grands écrits continuent et s’étendent. Les Pensées de Pascal paraissent. Arnauld et Nicole associent leurs plumes pour l’honneur et la défense de l’Église catholique. C’est le calvinisme désormais qu’ils combattent ; ils ne font plus la guerre qu’aux frontières. »

Voilà sans doute le sommaire d’un beau chapitre, mais on conviendra qu’il n’annonce nullement le prétendu déclin de Port-Royal ; il prouve au contraire d’une manière éclatante qu’il y a dans toute l’histoire de ce monastère une parfaite unité de vues et de sentiments. Comme on n’avait jamais cherché à propager des doctrines nouvelles, car en religion innover c’est tomber dans l’hérésie, comme on craignait le schisme