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chapitre premier

prières, que vous nous inspirez par une grâce prévenante, accompagnez-les par une grâce adjuvante, cela revient à dire : On ne peut rien sans la grâce, pas même demander la grâce ; or nous prions et nous avons déjà la grâce prévenante. Mais elle ne suffit pas, et nous demandons une nouvelle grâce, celle qui aide et qui fait persévérer. C’est le plus pur augustinisme. La préface de tous les saints, la belle prose du jour de la Pentecôte, le Veni creator, l’admirable Dies iræ, la célèbre secrète du quatrième dimanche après la Pentecôte, où l’Église demande à Dieu de dompter nos volontés « même rebelles », la prière pour la paix adressée au Dieu « de qui viennent les saints désirs, les résolutions droites et les œuvres justes », l’office de l’enterrement des enfants qui répète à satiété qu’ils sont prédestinés gratuitement et sans aucun mérite de leur part, tout enfin dans le Psautier, dans le Bréviaire et dans le Missel romain crie aux fidèles que l’augustinisme est la doctrine de l’Église.

La conclusion de ce chapitre moitié historique et moitié doctrinal est facile à tirer. Ce qu’on appelle improprement jansénisme n’est pas autre chose qu’un mouvement de réaction contre les théories impies de ceux qui ont exalté le libre arbitre au détriment de la puissance divine ; c’est une proclamation des droits de Dieu opposée à une audacieuse déclaration des droits de l’homme. Si l’on est d’accord sur ce point, on peut entrer résolument dans le récit des faits, avec la certitude de ne rien trouver dans le prétendu jansénisme qui ne soit entièrement conforme aux dogmes de l’Église catholique, apostolique et romaine.



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