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chapitre III

nomma évêque d’Ypres malgré l’opposition des Jésuites, qui lui avaient fait dire à lui-même par un exprès, qu’il sentirait leurs aiguillons[1]. Il est vrai que son entrée dans sa ville épiscopale fut célébrée d’une manière tapageuse par ces mêmes jésuites qui le flagornèrent à l’envi, et qui composèrent en son honneur un poème en vers léonins tels que ceux-ci :

Ipra, tibi plaude, ac tali praesule gaude ;
Desine flere, sat est, respice, Phæbus adest.…
O fortunatos nos tali præsule natos.…[2] (etc.)

Ses deux années d’épiscopat semblent avoir été paisibles ; il acheva son livre après avoir lu dix fois saint Augustin tout entier, et trente fois ses ouvrages sur la Grâce, et il mourut saintement en 1638, empoisonné, dit on, par des miasmes pesteux qu’il aurait remués en feuilletant de vieux livres. Avant de mourir il écrivit au pape Urbain VIII pour lui soumettre humblement son Augustinus qu’il aurait voulu lui dédier, car Jansénius était un ultramontain militant[3] ; enfin il chargea deux de ses amis, Fromond et Calenus, de publier ce livre, élaboré avec amour durant dix-huit ans.

Jansénius laissait aussi quelques autres ouvrages qui furent également publiés au lendemain de sa mort, et dont il faut dire un mot avant de continuer l’histoire de l’Augustinus. Le premier de ces ouvrages est un

  1. Lettre 108, 27 juin 1631.
  2. Panegyris jansenia, Coll. Le Paige, 368.
  3. Voici, pour satisfaire les curieux, la seconde des positions de thèses de Jansénius (9 octobre 1617) : « Supremus est omnium de religione controversarium judex, dit-il en parlant du pape ; cujus judicium rectum, verum et infallibile est, cum universæ Ecclesiæ aliquid sub anathemate tenendum esse definit. » Les Pères de 1870 auraient pu lui emprunter cette définition, mais on conviendra que le Saint-Siège n’a pas payé de retour le docteur de Louvain qui prenait ainsi sa défense 250 ans avant le Concile du Vatican.