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chapitre iv

d’un précepteur particulier nommé Grimald, dans l’appartement que sa mère s’était aménagé à Port-Royal même et qui subsiste encore aujourd’hui. Cette éducation du jeune grand seigneur fut la source de dissentiments profonds ; cela ressort très nettement de plusieurs lettres de Singlin que l’on n’a pas cru devoir publier jusqu’à ce jour, et que Sainte-Beuve n’a pas connues. On y voit notamment que les volontés de la princesse étaient aux yeux de Robert d’Andilly celles de Dieu même. Singlin scandalisé traita sévèrement M. d’Andilly ; il se fâcha tout de bon et finit par se désintéresser de cette affaire[1]. La crise était ouverte

  1. Voici dans toute sa brutalité la lettre de Singlin à la Mère Angélique ; on comprend que les anciens historiens de Port-Royal ne l’aient pas publiée :
    xxxxxxxxxxxCe 27 décembre 1644,
    xxxx Ma Mère. — Je doute que L. ait bien reconnu sa faute, car s’il voulait qu’on la lui pardonnât il devrait se déporter [ou se départir, Singlin est illisible] de la passion qu’il a de plaire ou de ne pas déplaire à une créature, sans considérer si j’approuve cette passion, ignorant ou voulant ignorer que souvent nous ne pouvons plaire aux créatures ou vouloir que les autres ne fassent rien qui leur puisse déplaire sans déplaire à Dieu. Pour moi, je ne me tiens nullement offensé de tout ce qu’il m’a dit ; je n’en plains que lui, car Dieu ne lui pardonnera jamais qu’il n’ait reconnu et confessé qu’il a une passion et affection déréglée pour la P[rincesse], procédant plus de vanité que d’amitié. Son aveuglement me fait grand’pitié, et il me semble qu’il n’y a rien que je ne voulusse faire pour l’en délivrer car j’entrevois de bon cœur non seulement sa disgrâce et celle de la P. pour cela, mais encore celle de tout le monde. Le pardon qu’il a demandé n’est pas, comme vous le jugez fort bien, pour s’humilier de sa faute, mais pour obliger à faire pour le P. P. (petit prince) ce que voudra la P. sans se mettre en peine si Dieu approuvera et sera auteur de l’établissement de cet enfant ; car il a plus de soin de sonder ce qui lui plaît que de consulter Dieu et d’avoir en vue parmi les choses entreprises la volonté pure de Dieu. Je ne sais point si son aveuglement ne va point jusqu’à croire que c’est assez que la P. désire une chose pour croire que Dieu le veut. C’est ce qui m’en déplaît le plus dans cet embarras, et ce qui m’oblige davan-