Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/208

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jardinière d’acajou, étaient étendues sur le parquet ciré, pêle-mêle, effeuillées et foulées aux pieds. Qu’importe ! il y en avait tant d’autres !

Adèle sentait ses souliers de satin humectés par la rosée, elle avait mal et la tête et s’endormit sur le sofa, un bras pendant à terre ; Mme de Lansac était partie donner quelques ordres pour le lendemain et fermer toutes les portes, tous les verrous ; il ne restait que Paul et Djalioh.

Le premier regardait les candélabres dorés, la pendule de bronze dont le son argentin sonna minuit, le piano de Pape, les tableaux, les fauteuils, la table de marbre blanc, le sofa tapissé ; puis allant à la fenêtre et regardant vers le plus fourré du parc :

— Demain, à 4 heures, il y aura du lapin.

Quant à Djalioh, il regardait la jeune fille endormie ; il voulut dire un mot, mais il fut dit si bas, si craintif, qu’on le prit pour un soupir.

Si c’était un mot ou un soupir, peu importe, mais il y avait là dedans toute une âme !


III


Le lendemain, en effet, par un beau lever de soleil, le chasseur partit accompagné de sa grande levrette favorite, de ses deux chiens bassets et du garde qui portait, dans une large carnassière, la poudre, les balles, tous les ustensiles de chasse et un énorme pâté de canards, que notre fiancé avait commandé lui-même depuis deux jours. Le piqueur, sur son ordre, donna du cor et ils s’avancèrent à grands pas dans la laine.

Aussitôt, à une fenêtre du second étage, un contrevent vert s’ouvrit, et une tête entourée de longs cheveux blonds apparut à travers le jasmin qui montait le long du mur et dont le feuillage tapissait les briques