Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/4

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.





LES ARTS

ET LE COMMERCE [1].



La futilité des arts et l’utilité du commerce sont devenus mots banals dans le monde. Bien des gens n’estiment, en effet, une étoffe qu’à la longueur, une chose qu’à son poids et une couleur qu’à son éclat, et font plus de cas en eux-mêmes d’une balle de coton que de toutes les tragédies possibles ; ils diraient bien comme Malebranche en voyant Athalie : « Qu’est-ce que cela prouve ? »

Ceux-là ne voient, en effet, dans l’art qu’un passe-temps après dîner, une récréation qui égaie, un jeu qui délasse, et considèrent les spectacles comme la meilleure invention de la police pour pincer les masses en lieu sûr ; ces gens-là, sans doute, regardent la marchandise, la denrée, le bois, le cuivre comme les premières choses d’ici-bas, et quant à la pensée pure, libre, indépendante, quant au génie créateur et grandiose, quant à la poésie, à la morale, aux beaux-arts, chimères ! fantaisies ! futilité ! diront-ils. Honneur, selon eux, à la machine qui crie, au rouleau qui tourne, à la vapeur qui remue ! honneur à l’indigo, au savon, au sucre, au navire qui transporte tout cela, à celui qui l’exploite et calcule, s’enrichit, à celui qui achète et qui vend ! Mais Homère, mais Virgile, mais

  1. Janvier 1839.
Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils