Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, III.djvu/351

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HERMANCE.

En vain tu veux flatter ma passion brûlante,
Ismène, je suis fille avant que d’être amante ;
Le devoir et l’honneur...

ISMENE.

Trompeuse illusion !

HERMANCE.

Précepte impérieux !

ISMENE.

Funeste fiction !
La sainte parenté d’un coup d’œil engendrée,
Madame, autant que l’autre est divine et sacrée.

HERMANCE.

O dieux ! puisque en mon sein vous allumez l’amour,
Pourquoi voiler mon âme et me taire en ce jour ?
C’est lui, c’est lui que j'aime, et par qui ma pensée,
Malgré tous mes efforts, est sans cesse enlacée !
Tu le sais, chaque jour, par mes soins assidus
L’un a l’autre unissant de superbes tissus,
J’ourdis avec amour pour sa tête si fière
Le commode ornement dont la Grèce est la mère ;
Vient-il ? ai-je entendu le doux son de sa voix ?
Tout mon cœur palpitant est réduit aux abois,
Je sens mon corps brûlé d’un désir frénétique,
Et d’un œil curieux pénétrant sa tunique,
Je cherche a découvrir au pli des vêtements
A quel point a monté l’ivresse de ses sens !
C’est peu ; seule en ma couche, au sein de l’ombre obscure.,
Mais je rougis et n'ose achever la peinture...
Te l’avouerai-je, Ismène ?

ISMENE.

Achevez. Des amants
Comme vous j'ai connu les soins et les tourments;
L'âge n’a point encore abattu dans mon âme
Le Temple qu’a Vénus avait bâti ma flamme.