Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/14
Voilà longtemps que je n’en ai vu ! Peut-être qu’il en va venir ? Pourquoi pas ? Si tout à coup...
j’allais entendre tinter des clochettes de mulet dans la montagne. Il me semble...
Antoine grimpe sur une roche, à l’entrée du sentier ; et il se penche, en dardant ses yeux dans les ténèbres.
Oui ! Là-bas, tout au fond, une masse remue, comme des gens qui cherchent leur chemin. Elle est là !
Ils se trompent.
Appelant : de ce côté ! Viens ! Viens !
L’écho répète : viens ! Viens !
Il laisse tomber ses bras, stupéfait.
Quelle honte ! Ah ! Pauvre Antoine !
Et tout de suite, il entend chuchoter : " pauvre Antoine ! " .
Quelqu’un ? Répondez !
Le vent qui passe dans les intervalles des roches fait des modulations ; et dans leurs sonorités confuses, il distingue des voix, comme si l’air parlait. Elles sont basses et insinuantes, sifflantes.
La Première.
Veux-tu des femmes ?
La Seconde.
De grands tas d’argent, plutôt !
La Troisième.
Une épée qui reluit ?