Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/43
La bibliothèque libre.
remords qui t’agite et une démence farouche, jusqu’à repousser la caresse d’un chien ou le sourire d’un enfant.
Antoine éclate en sanglots.
Assez ! Assez ! Tu remues trop mon coeur !
Hilarion.
Secoue la vermine de tes haillons ! Relève-toi de ton ordure ! Ton dieu n’est pas un Moloch qui demande de la chair en sacrifice !
Antoine.
Cependant la souffrance est bénie. Les chérubins s’inclinent pour recevoir le sang des confesseurs.
Hilarion.
Admire donc les montanistes ! Ils dépassent tous les autres.
Antoine.
Mais c’est la vérité de la doctrine qui fait le martyre !
Hilarion.
Comment peut-il en prouver l’excellence, puisqu’il témoigne également pour l’erreur ?
Antoine.
Te tairas-tu, vipère !