Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/62

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Tout à coup j’entendis des clameurs. On criait : " c’est un magicien ! C’est le diable ! " et la foule s’arrêta devant notre maison, en face du temple d’Esculape. Je me haussai avec les poignets jusqu’à la hauteur du soupirail.

Sur le péristyle du temple, il y avait un homme qui portait un carcan de fer à son cou. Il prenait des charbons dans un réchaud, et il s’en faisait sur la poitrine de larges traînées, en appelant " Jésus, Jésus ! " le peuple disait : " cela n’est pas permis ! Lapidons-le ! " lui, il continuait.

C’étaient des choses inouïes, transportantes. Des fleurs larges comme le soleil tournaient devant mes yeux, et j’entendais dans les espaces une harpe d’or vibrer. Le jour tomba. Mes bras lâchèrent les barreaux, mon corps défaillit, et quand il m’eut emmenée à sa maison...

Antoine.

De qui donc parles-tu ?

Priscilla.

Mais, de Montanus !

Antoine.

Il est mort, Montanus.

Priscilla.

Ce n’est pas vrai !

Une Voix.

Non, Montanus n’est pas mort !

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