Page:Guyau - Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction.djvu/20

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
10
ESSAIS MÉTAPHYSIQUES POUR JUSTIFIER L’OBLIGATION.

thèses sont en présence : l’optimisme, le pessimisme, l’indifférence de la nature ; examinons-les tour à tour, afin de voir si elles peuvent justifier métaphysiqnement l’obligation absolue, impérative et catégorique, de la morale ordinaire.


I

L’HYPOTHÈSE OPTIMISTE. — PROVIDENCE ET IMMORTALITÉ


I. — Les Platon, les Aristote, les Zénon, les Spinoza, les Leibnitz ont soutenu l’optimisme et essayé de fonder une morale objective en conformité avec cette conception du monde.

On sait toutes les objections auxquelles ce système a déjà donné lieu. En réalité, l’optimisme absolu est plutôt immoral que moral, car il enveloppe la négation du progrès. Une fois qu’il a pénétré dans l’esprit, il produit comme sentiment correspondant la satisfaction de toute réalité : au point de vue moral, justification de toute chose ; au point de vue politique, respect de toute puissance, résignation passive, étouffement volontaire de tout sentiment du droit et en conséquence du devoir. Si tout ce qui existe est bien, il n’y faut rien changer, il ne faut pas vouloir retoucher l’œuvre de Dieu, ce grand artiste. De même, tout ce qui arrive est également bien ; tout événement se justifie, puisqu’il fait partie d’une œuvre divine achevée en ses détails. On aboutit ainsi non seulement à l’excuse, mais à la divinisation de toute injustice. Nous nous étonnons aujourd’hui des temples que les anciens élevaient aux Néron et aux Domitien ; non seulement ils refusaient de comprendre le crime, mais ils l’adoraient : faisons-nous autre chose quand nous