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BUG-JARGAL.
Nous parvînmes à l’entrée d’une groltc, (Page 36)

entremêlait, sa déclamation de détails faits pour flatter la passion ou l’intérêt des révoltés ajoutait un degré de force à cette éloquence, appropriée à cet auditoire.

Je n’essayerai donc pas de vous décrire quel sombre enthousiasme se manifesta dans l’armée insurgée après l’allocution de Biassou. Ce fut un concert discordant de cris, de plaintes, de hurlements. Les uns se frappaient la poitrine, les autres heurtaient leurs massues et leurs sabres. Plusieurs, à genoux ou prosternés, conservaient l’attitude d’une immobile extase. Des négresses se déchiraient les seins et les bras avec les arêtes de poisson dont elles se servent en guise de peigne pour démêler leurs cheveux. Les guitares, les tamtams, les tambours, les balafos, mêlaient leurs bruits aux décharges de mousqueterie. C’était quelque chose d’un sabbat.

Biassou fit un signe de la main : le tumulte cessa comme par un prodige ; chaque nègre reprit son rang en silence. Cette discipline, à laquelle Biassou avait plié ses égaux par le simple ascendant de la pensée et de la volonté, me frappa, pour ainsi dire, d’admiration. Tous les soldats de cette armée de rebelles paraissaient parler et se mouvoir sous la main du chef, comme les touches du clavecin sous les doigts du musicien.

XXX

Un autre spectacle, un autre genre de charla-