Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/29

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dans ce bourg, un vieux garçon très bizarre et un peu bourru, mais bonhomme, M. Lampre. Il habite une assez belle maison contiguë au monastère. Il daube sans arrêt sur les Bénédictins qu’il adore ; mais c’est une affaire de mots ; lorsqu’il dit d’un père : c’est une pieuse brute, il faut traduire : c’est un religieux dont les idées ne concordent pas absolument avec les siennes ; le tout est de s’entendre.

— Comment les moines le fréquentent-ils ?

— Ils le connaissent et savent que personne ne leur est plus dévoué ; il l’a prouvé et maintes fois ; d’abord en les gratifiant de l’abbaye dont il était le possesseur, puis en s’allégeant à leur profit, lorsqu’ils subissaient des moments difficiles, d’imposantes sommes ; la vérité est qu’il rêve d’une perfection idéale qui ne peut exister et le côté humain que chaque cénobite garde forcément l’irrite. Il n’en est pas moins, malgré ce travers, un chrétien et serviable et pieux ; il est fort savant, d’ailleurs, sur les us et coutumes monastiques et il possède une bibliothèque spéciale de monographies conventuelles et surtout une collection d’enluminures des plus rares.

En dehors de ce laïque, le seul que l’on ait plaisir à visiter, il y a une oblate, Mlle de Garambois, qui est bien la plus charitable des créatures et la plus indulgente des vieilles filles. Elle recèle dans un corps de grosse dame un peu mûre, une âme toute jeune, une âme toute blanche, de petite enfant ; on rit un tantinet d’elle, dans le village et dans l’abbaye, à cause de sa manie de porter sur sa toilette les couleurs liturgiques du jour ; elle est un ordo vivant, un calendrier qui marche ; elle est le fanion du régiment ; on sait qu’on va célébrer la fête