Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/66

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Les offices dont les novices étaient jusqu’au soir les exécutants étaient naturellement le sujet de l’entretien.

— Que voulez-vous, soupirait le petit Blanche, j’avais une peur… quand il faut entonner l’antienne je me trouble… je ne suis bon que dans le chœur ; puis, vous savez, lorsqu’on entend, dans le silence de l’église, sa voix seule, ça vous la fait aussitôt trembler.

— Pas de modestie, petit frère, fit Durtal qu’entourèrent les moinillons, vous avez très bien chanté.

L’enfant rougit de plaisir. — C’est égal, reprit-il, en baissant les yeux, je le sentais bien moi-même, j’avais de la laine dans le gosier, j’étouffais — ah ! Et puis cette chape, dont on n’a pas l’habitude, vous pèse sur les épaules et sur les bras. On se trouve emprunté, tout gauche, là-dedans.

— Un bleu qui s’embête dans une guérite, s’écria le frère Aymé !

— Vous avez toujours des comparaisons qui rappellent la caserne et des expressions qui n’ont rien de monastique, fit le père zélateur à ce frère dont l’allure de faubourien de Paris détonnait un peu dans le groupe.

Celui-là n’était que postulant et il avait des chances de partir, avant que de commencer sa probation. Il était intelligent et pieux, mais il avait rapporté de son année de service militaire, des allures délurées et une manie d’imiter avec sa bouche des bruits de musique guerrière qui exaspéraient le P. Emonot, homme timoré et éperdument bégueule.

Il s’en serait déjà débarrassé si Dom Felletin n’avait plaidé la cause du coupable, au chapitre. Voyons, voyons, disait-il, ne prenons pas les choses au tragique ; le frère