Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/77

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quelle clientèle pouvait-il avoir, si son magasin était dans un tel état de saleté et de désordre !

Le voilà, se dit-il, en entendant un traînement de pieds et un bruit écrasé de savates.

Le moine entra.

Il était le doyen du couvent, plus âgé encore que le père Abbé, car il avait dépassé les quatre-vingt-deux ans. Ainsi que sur la souche oubliée d’un très vieil arbre, des lentilles, des lichens, des loupes lui poussaient sur le crâne ; ses yeux évoquaient l’idée de vitres passées au blanc d’Espagne, car ils étaient obscurcis par les pellicules blanches des taies. Le nez se recourbait sur une bouche restée ferme et crénelée de dents ; le teint était frais et pas trop craquelé, sur les joues, de rides. À part sa vue qui se voilait et ses jambes qui fléchissaient, il se portait à merveille. L’ouïe était intacte, la parole demeurait facile ; aucune des infirmités des octogénaires ne l’avait atteint.

Il était à la fois d’aspect vénérable et burlesque. On l’appelait dans le cloître « Dom alchimiste », non qu’il cherchât la pierre philosophale à laquelle il croyait pourtant, mais la bizarrerie de ses allures, sa façon d’être constamment dans la lune, ses études sur la pharmacopée du Moyen-Age, sa colère contre les ordonnances de médecins modernes, son mépris des nouvelles substances, justifiaient, jusqu’à un certain point, ce nom.

Il posa son bâton dans un coin et souhaita le bonjour à Durtal.

— Voilà, père, je viens vous demander un peu de taffetas d’Angleterre pour ma bonne qui s’est écorché le doigt.