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AUX ÉTUDIANTS

trable aux autres, car des êtres aussi essentiellement « pratiques » que nous le sommes ont nécessairement la vue courte. Mais, s’il ne nous est guère possible d’arriver à voir clair en autrui, le sentiment d’avoir si mauvaise vue ne saurait-il, du moins, nous rendre plus prudents quand nous traversons les lieux sombres ? Ne pouvons-nous éviter tels actes hideux d’intolérance et de cruauté ancestrales oii toute connaissance du vrai est comme annulée ?

Je vous propose d’employer le temps qui nous reste, à chercher ensemble quelque principe capable d’introduire dans nos sentiments de tolérance un peu d’ordre et de clarté. Et, de même qne j’ai commencé ma dernière leçon en évoquant un souvenir personnel, je vais vous prier maintenant de me laisser, encore une fois, me mettre moi-même en scène.

Il y a quelques années, j’ai passé une bien agréable semaine d’été sur les fameux « Assembly Grounds », au bord du lac Chautauqua. Dès qu’on foule le sol de cet enclos sacré, on se sent dans une atmosphère de succès. Le sérieux et l’activité, l’intelligence et la bonté, l’amour de l’ordre et de l’idéal, la prospérité, la gaieté se respirent