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FÉNELON.

Dieu a créé le monde ? Quels sont les exemplaires éternels que, suivant Platon et son école, Dieu aurait contemplés en créant ? Fénelon répond comme il suit, à cette question :

Dieu, étant la perfection absolue, contient en soi dans son essence « une infinité de degrés de perfection : ce sont ces degrés de perfection qui sont la règle et le modèle d’une infinité de créatures possibles ».

Comment peut-il y avoir des degrés dans l’être infini et absolument parfait ? Ce sont des manières de parler : « L’homme fini et grossier bégaie toujours quand il parle de l’être infini ». En réalité « ces degrés n’ont rien de distingué entre eux. Ils sont indivisibles ; mais ce qui est indivisible en Dieu se divise dans les créatures. Le caractère essentiel de l’être infini étant de produire l’être, l’être produit, étant essentiellement fini, est par lui-même susceptible de degrés ». « L’être qui est infiniment, voit en montant jusqu’à l’infini tous les degrés auxquels il peut communiquer l’être. Chaque degré de communication possible constitue une essence possible qui répond à un degré d’être qui est en Dieu indivisible avec tous les autres. Voilà la source des vrais universaux, des genres et des espèces : voilà les modèles immuables des ouvrages de Dieu. »

Reste à expliquer l’individu. Ici, Fénelon échoue, comme tous les philosophes. 11 est obligé de confondre l’individualité avec ce qu’il appelle « l’existence actuelle ». — « L’existence actuelle, dit-il, est