Page:Jules Vallès - L'Enfant.djvu/149

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J’en parle à mon oncle, un soir qu’il avait fait servir le dîner sous le manteau de la cheminée, et qu’il avait bu de son vin pelure d’oignon.

« Plus tard, quand je serai mort. Tu pourras acheter un domaine, mais tu ne voudrais pas être valet de ferme ? »

Je n’en sais trop rien.

Quand il pleut et qu’il n’y a pas moyen de pêcher ni d’aller chercher des groseilles sauvages là-bas, au pied de la montagne, entre les pierres galeuses, – ou bien quand le soleil brûle comme une plaque de tôle bleuie au feu et grille le pays sans ombre, – ces jours-là, je m’enferme dans la bibliothèque de mon oncle et je lis, je lis. Il y a la biographie des hommes illustres de l’abbé de Feletz. Je cours aux passages qui parlent de Napoléon, et je fais tout éveillé des rêves pleins de Sainte-Hélène. Je regarde par la fenêtre la campagne déserte, l’horizon vide, et je cherche Hudson Lowe. Si je le tenais !

Mon oncle attend les curés du voisinage pour la conférence.

Ils viennent. Je les entends à table qui disent du mal du vicaire de Saint-Parlier, du curé de Solignac ; ils ne paraissent pas plus penser au bon Dieu qu’à l’an quarante !

Mon oncle se mêle peu aux conversations. Son âge l’en dispense ; il se fait même plus vieux qu’il n’est, contrefait le sourd et presque l’aveugle ; mais le vin a

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