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§ VIII.

De la sensibilité par opposition à l’entendement.


En ce qui regarde l’état des représentations, mon âme est ou active et possède une faculté (facultas), ou passive et possède une capacité (receptivitas). Une con­naissance comprend ces deux choses, et la possibilité d’avoir une connaissance prend le nom de faculté de connaître qui a la plus large part dans cette connaissance, à savoir, de cette activité de l’âme qui consiste à lier les représentations, ou de celle qui a pour but de les séparer.

A la faculté sensible de connaître appartiennent les représentations à l’égard desquelles l’âme se com­porte passivement, et qui, par conséquent, affectent le sujet (le sujet peut s’affecter lui-même ou être affecté par un objet). A la faculté intellectuelle de connaître appartiennent, au contraire, les représentations qui constituent un simple agir (le penser). La première de ces facultés est appelée inférieure, la seconde su­périeure[1].

  1. Ce fut une grande faute de la part de l’école de Leibnitz et de Wolf de ne faire consister la sensibilité que dans la non-clarté des représentations, et l’intellectualité au contraire dans leur clarté, et de ne les distinguer ainsi que par une différence purement for­melle (logique) de la conscience, au lieu de reconnaître une diffé­rence réelle (psychologique), différence qui ne regarde pas seule­ment la forme, mais aussi la matière de la pensée. C’était faire consister la sensibilité dans une simple négation (dans le défaut de clarté des représentations partielles), par conséquent dans la non-clarté ; de même que c’était faire consister l’essence de la repré­sentation intellectuelle dans la clarté. Et cependant la sensibilité est quelque chose de très positif ; c’est un complément dont l’entende­ment ne peut se passer. — Mais telle fut ici la faute propre de Leibnitz. Attaché qu’il était à l’école de Platon, il admit des idées, des intuitions intellectuelles pures, innées, qui seraient dans l’âme hu­maine à l’état d’enveloppement pour ainsi dire, et dont la décompo­sition et l’élucidation au moyen de l’attention constituerait seule la connaissance des objets tels qu’ils sont en eux-mêmes.
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