Page:Laclos - De l’éducation des femmes, éd. Champion, 1903.djvu/21

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Mme de Genlis et Choderlos de Laclos. » Il nous eût étonné que Michelet ne se fût mépris en pareille occasion. En vrai romantique, il dit une bêtise pour le plaisir d’une banale opposition « blanc et noir » — « vice et vertu… » Mieux inspiré, mieux documenté, Baudelaire avait pressenti une injustice. Il croyait au but moral des Liaisons dangereuses, Lettres recueillies dans une société et poursuivies pour l’instruction de quelques autres… ce sous-titre de Laclos n’éclairait-il pas les tendances de l’œuvre ? Et peut-on taxer de libertinage ce moraliste caché qui après avoir conté, et avec quelle puissance dans le cynisme, les mœurs dépravées de ses contemporains, leur montrait, tout comme Racine dans Phèdre, « les égarements où mènent les passions » ? Cette prostituée de La Merteuil défigurée, ce brillant séducteur de Valmont percé d’un coup d’épée… Les dévotes mêmes ne pouvaient souhaiter du ciel une plus juste punition. Et les dramatiques aventures qui accablent enfin ces voluptueux perfides ne constituaient-elles pas le dénouement souhaité par toute morale, par toute religion ?

Sainte-Beuve, et lui-même nous le rapporte, eut de longues et prudentes hésitations avant d’éditer son beau roman de Volupté, ou de si fortes passions sont si terriblement contenues et réprimées : « Puis, dit-il, quand j’ai reporté les yeux sur les temps où nous vivions, sur cette confusion de systèmes, de désirs, de sentiments éperdus, de confessions et de nudités de toutes sortes, j’ai fini par croire que la publication d’un livre vrai aurait peine à