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LETTRES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

cette diète. Les étrangers ont donc vu qu’il y a des hommes de probité et de courage dans ce pays, puisque près de la moitié de cette diète a résisté à leur force. Mais, hélas ! à quoi tout cela sert-il quand on n’a soi-même ni argent m armée ! Il m’a été dit le lendemain de la décision de cette malheureuse affaire : Si vous aviez emporté la pluralité^ vous cessiez d’être Roi, et le reste de la Pologne était partagé entre nous. Et c’est à cela que le roi de Prusse vise toujours.

Aujourd’hui que les trois cours ont obtenu tout ce qu’elles voulaient, leurs troupes continuent cependant à vivre sans payer dans toute la Pologne. Le ministre de Russie nous lait des promesses que cela va cesser : de son côté, l’Autrichien nous donne des espérances ; le Prussien ne donne pas même encore cela. Le maître du dernier paraît occupé des moyens de faire agréer à ses alliés qu’il s’approprie encore plus qu’il n’a pris jusqu’ici sur nous*. L’empereur paraît se croire obligé de nous faire toujours exactement autant de mal que le roi de Prusse, et l’impératrice de Russie parait trop occupée du Turc pour empêcher le roi de Prusse de nous nuire.

Je suis depuis le 14 mai entièrement à la merci des trois cours. Je meurs de faim ; on en veut à tout ce qui m’est le pins cher. Malgré tout cela, il faut montrer une apparence de tranquillité, soutenir avec une sorte de dignité le plus mauvais de tous les rôles, et songer toujours qu’il peut encore y avoir du pire que le présent, et travailler à détourner, s’il est possible, ce i)ire de dessus l’État, et cacher quelques graines qui puissent repousser en une saison plus favorable. C’est ce qui fait toute mon étude. A cette fin aussi il me faut une attention continuelle et gênante, pour ma santé, contre une humeur rhumatique qui se jette tantôt sur une partie, tantôt sur l’autre, à l’aide de ces maudits maux de nerfs qui ne me quittent presque plus. Pour suffire à tout cela je me dis toujours : Si Dieu m’a sauvé le

. Frédéric II avait eu la Prusse polonaise, sauf Thorn et Dantzig, 1900 lieues carrées. Il y avait bien des années qu’il couvoitail ce pays.