Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 7, part. 1, E-El.djvu/380

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cramental, comme étant une juste sécurité pour l’Eglise établie (1736, in-4º) ; Traité sur la liberté spirituelle et temporelle des protestants en Angleterre, première partie (1763, in-4º) ; la seconde partie, parue en 1765, a pour titre : Traité sur la liberté spirituelle et temporelle des sujets en Angleterre, « la première, dit la Biographie universelle, avant pour objet d’établir le droit qu’avaient eu les protestants de changer leur doctrine, contre les prétentions de l’Eglise romaine ; la.seconde, destinée à maintenir la liberté religieuse dans les rapports des sujets avec le gouvernement. » On a encore d’Ellys des Remarques sur un essai de David Hume concernant les miracles (1752, in-4º).

ELM, bourg de Suisse, cant. et à 16 kilom. de Glaris, sur la rive gauche du Sernft ; 1,600 hab. Il est situé dans une des régions les plus pittoresques de la Suisse, à environ 1,100 mètres d’altitude, et entouré de tous côtés, sauf au nord, de montagnes qui n’ont pas moins de 2,600 à 3.000 mètres de hauteur. L’élève et le commerce du bétail sont la principale ressource des habitants, qui jouissent presque tous d’une certaine aisance.

EL MACIN ou ELMAKYM (George), nommé Iha-Amid par les Orientaux, historien arabe né en Égypte en 1223, mort à Damas en 1273. Chrétien de religion, et cependant scribe (ketib) du sultan d’Egypte, El Macin a écrit une histoire des Arabes fort importante, qui commence à la création et va jusqu’à l’époque où vivait l’écrivain. Ce n’est à vrai dire qu’un abrégé trop concis, précieux cependant par la multitude des faits qu’il contient, et dont un grand nombre sont peu connus. Ce livre a été traduit par Erpenius, sous ce titre : Historia saracenica, qua res gestæ Mustinorum, inde à Muhammede primo imperii et religionis Mutslinicæ conditore usque ad initium. impeerii Atabecari, per XLIX imperatorum successionem fidelissime explicantur, etc. (Leyde, 1625, in-8º). Mais cette traduction est incomplète : elle commence à Mahomet, et ne va que jusqu’en 1118 de Jésus-Christ. Vattier l’a traduite Je nouveau en français sous le titre de l’Histoire mahomnétane ou les Quarante-neuf califes du Macine (Paris, 1657, in-4º).

ELMAN-ALEK s. m. (èl-ma-na-lèk). Titre du second pontife de la Perse.

ELME (feu saint-), s. m. (èl-me — corrupt. italienne de Érasme, les marins de la Méditerranée invoquant le Saint de ce nom durant la tempête). Météorol. Aigrette lumineuse, qui voltige quelquefois à l’extrémité des vergues et des mâts des navires, et que l’on considère comme un phénomène électrique. || Flamme qui voltige quelquefois à la surface des flots. || Les anciens marins donnaient au feu saint-elme le nom de Castor et Pollux, et attachaient à ce phénomène des idées superstitieuses.

— Encycl. Physiq. Quand le temps est orageux, les épais nuages chargés d’électricité qui obscurcissent le ciel sont assez rapprochés de la terre pour décomposer par influence l’électricité neutre du sol, principalement dans les objets élevés, attirer vers la superficie le fluide de même nom contraire, et refouler le fluide de même nom. Les objets sont alors soumis à une attraction qui accumule leur électricité dans les parties supérieures, et peut l’en faire jaillir sous forme d’aigrettes lumineuses, accompagnées quelquefois d’un léger pétillement.

Lorsque ces aigrettes se montrent sur les navires, aux extrémités des mats et des vergues, aux filaments des cordages, les marins leur donnent le nom de feux Saint-Elme. Dans quelques localités, on les a appelées feux Saint-Nicolas, Sainte-Claire, Sainte-Hélène, etc. Les Portugais disent corpo-sanio, et les Anglais comozants. Pour les anciens, ces aigrettes, qui vont quelquefois par couples, étaient Castor et Pollux. Inutile de dire que, pendant des siècles, des idées superstitieuses étaient iininanquableioent éveillées par la vue de ces feux, qui d’ailleurs passent pour annoncer le retour du beau temps.

Si l’exnlication des feux Saint-Elme est toute moderne, leur description est fort ancienne. M Daguin rappelle que César vit le fer des lances d’une légion devenir lumineux par une nuit d’orage. Des voyageurs ont vu des aigrettes s’échapper, en temps d’orage, de leurs cheveux, des bords de leur chapeau, des extrémités de leurs doigts, quand ils élevaient la main.

Au lieu de simples aigrettes, on a vu quelquefois des lueurs de grandes dimensions, pareilles à des flammes. Il y a même lieu de s’étonner qu’on n’en aperçoive pas davantage par les temps orageux.

ELME (SAINT-), fort de France (Pyrénées-Orientales), arrond. et à 28 kilom. E. de Céret, près de la Méditerranée, sur une hauteur qui domine les deux ports de Collioure et de Port-Vendres.

ELME (saint), évêque de Formies. V. Érasme.

ELMENHORST (Geverhardt ou Gerhardt), critique et philologue allemand, né à Hambourg, mort en 1621. Il est aussi distingué par son érudition que par la justesse et le goût de sa critique. On a de lui : Observationes ad Arnabium (1603, in-8º) ; Commentarius ad Minucii Felicis Octavium (1672, in-8º, dans le Minucius variorum) ; Notæ ad Apuleium (1621, in-8º), etc.

ELMENHORST (Henri), poëte et théologien allemand, né à Parchim en 1632, mort en 1704. Après avoir fait ses études à Leipzig et à Wîttemberg, il fut nommé pasteur de l’hôpital Saint-Job, à Hambourg (1608). On a de lui : Chants spirituels ; Livre de chant spirituel, avec la composition musicale de Franck ; Dramatologie antique et moderne (Hambourg, 1688. in-4º).

ELMES (Jacques), architecte anglais, né à Londres en 1782, mort vers 1860. Il remporta en 1804 la grande médaille d’architecture décernée par l’Académie royale de Londres, et dirigea ensuite la construction d’un grand nombre d’édilices publics ou appartenant à des particuliers, soit à Londres et dans les comtés voisins, soit en Irlande. Il était devenu inspecteur et ingénieur civil du port de Londres et vice-président de la Société établie dans le but de populariser les beaux-arts, lorsqu’il dut se démettre de ces fonctions, en 1828, et même renoncer à ses travaux, à cause de la perte de sa vue, qu’il recouvra depuis. On lui doit un grand nombre d’ouvrages, entre autres les suivants : Christophe Wren, sa vie et son temps (Londres, 1823, in-4º) ; Leçons sur l’architecture (Londres 1823, in-8º) ; Dictionnaire général et bibliographique des beaux-arts (1826, in-8º) ; Traité de jurisprudence concernant l’architecture (1827) ; Revue trimestrielle d’Elmes ; Annales des beaux-arts, etc. Un de ses derniers ouvrages, Thomas Clarkson, monographie, a paru en 1854. — Son fils, Harvey Lonsdale Elmes, né en 1814, mort en 1847, s’est également fait connaître comme un architecte distingué. Il a dirigé, de 1841 à 1847, la Construction du palais de Saint-George, à Liverpool ; mais la maladie à laquelle il devait succomber ne lui permit pas de présider à l’achèvement de cet édifice, qui fait aujourd’hui le plus bel ornement d’une des premières villes de l’Angleterre.

ELMHAM (NORTH-), village et paroisse d’Angleterre, comté de Norfolk, à 24 kilom. N.-O. de Norwich ; 2,149 hab. Antiquités romaines. Ce fut autrefois une ville florissante, siège d’un èvèché fondé par saint Félix.

ELMIDE s. f. (èl-mi-de). Entom. Genre d’insectes coléoptères.

ELMIGÈRE s. f. (èl-mi-jè-re — du gr. elmins, ver, et du lat. gero, je porte). Bot. Syn. de pentstémon, genre de personnées.

ELMINA, ville d’Afrique, dans la haute Guinée, sur la Côte d’Or, dans le pays des Achantis, par 5° 10’ de lat. N. et 4° 50’ de long. O. ; 15,000 hab. C’est une assez jolie ville, défendue par un fort et une citadelle, avec un port franc, siège d’un commerce florissant. Elmina est la résidence du gouverneur général des possessions hollandaises dans ces parages. Le fort d’Elmina est le premier établissement européen qui ait été fondé sur la côte de Guinée ; car, dès l’an 1481, les Portugais en commencèrent la construction. Il tomba, en 1637, au pouvoir des Hollandais, auquel il fut définitivement cédé en 1641 par la couronne da Portugal.

ELMINIE s. m. (èl-mi-ni — du gr. elmms, ver). Moll. Genre de cirrhipèdes sessiles, de la division des balanidés, voisin des balanos, et caractérisé par une coquille formée de quatre pièces inégales, en cône quadrangulaire un peu allongé.

ELMINTH… V. à helminth... les mots qui commencent ainsi et qui ne se trouvent pas ici.

ELMINTHAPROCTE adj. (èl-min-ta-pro-kte — du gr. elmins, elmintlios, ver ; a, préf. privat., et prôktos, anus). Helminth. Se dit des vers intestinaux qui n’ont pas d’ouverture anale.

ELMINTHOGAME adj. (èl-min-to-ga-me du gr. ehmins, elminthos, ver ; gamos, mariage). Helminth. Se dit des vers chez lesquels les organes de la génération sont isolés dans les individus distincts.

ELMIRA, ville des Etats-Unis d’Amérique, Etat de New-York, à 320 kilom. N.-O. de New-York, sur la voie ferrée qui relie cette ville au lac Erié ; 8,340 hab. Commerce actif de bois, de cuirs et de céréales.

ELMIRE, personnage du Tartufe, l’immortelle comédie de Molière. Elmire est, dans notre grand comique, le caractère le mieux dessiné d’honnête femme et de bonne mère de famille, opposant son bon sens à l’épaisse sottise de son mari, son esprit au radotage de Mme Pernelle, sa douceur et sa sagesse aimable aux emportements, aux querelles de toute la maison : c’est un type séduisant et l’idéal du poëte en ce genre. Il est un point de son caractère où l’on reconnaît bien la marque de fabrique de Molière : Elmire n’est point prude ; elle n’a point de ces indignations au premier mot, de ces effarouchements au premier geste, qui donnent parfois à la plus honnête femme les apparences et les allures d’un tartufe en jupon. Elle sait discerner le mal, certaine de n’y point tomber ; elle est exempte de ces vaines terreurs, un peu ridicules, d’une vertu qui n’est point sûre d’elle-même. Damis a surpris les déclarations audacieuses que Tartufe adressait à Elmire, et il veut en faire un grand éclat ; à cela, sa belle-mère répond fort sensément :

Ce n’est point mon humeur de faire des éclats ;
Une femme se rit de sottises pareilles,
Et jamais d’un mari n’en trouble les oreilles.


Et, un peu plus tard, elle répète à Orgon la même profession de foi :

J’aime qu’avec douceur nous nous montrions sages,
Et ne suis point du tout pour ces prudes sauvages
Dont l’honneur est armé de griffes et de dents,
Et vont au moindre mot dévisager les gens.
Me préserve le ciel d’une telle sagesse !
Je veux une vertu qui ne soit point diablesse.
Et crois que d’un refus la discrète froideur
N’en est pas moins puissante à rebuter un cœur.

On a fait remarquer avec raison que, ce caractère étant à une égale distance de la pruderie et de la légèreté, il faut que ce rôle soit joué avec une mesure parfaite. Si, dans la scène fameuse où Elmire essaye de faire toucher du doigt à Orgon ce que ses yeux aveuglés ne veulent pas voir, elle paraît trop enjouée, trop railleuse, on pourra croire en effet qu’elle s’amuse du danger, qu’elle se plaît à l’épreuve.

ELMIS s. m. (èl-miss — du gr. elmins, ver). Entom. Genre d’insectes coléoptères pentamères, de la famille des clavicornes, comprenant une vingtaine d’espèces, la plupart européennes, de très-petits animaux vivant toujours dans l’eau, accrochés sous les pierres des ruisseaux d’eau vive.

Encycl. Les elmis sont des insectes de très-petite taille, à corps ovalaire, convexe en dessus ; la tête est petite et munie d’antennes de onze articles ; l’abdomen est presque carré et rebordé ; les élytres, un peu aiguës, embrassent entièrement l’abdomen et cachent deux ailes quelquefois imparfaites ; les pattes sont assez grandes et ont des tarses très-longs terminés par des crochets robustes. Ce genre renferme une vingtaine d’espèces, la plupart vivant en Europe. Les elmis habitent les eaux courantes et se tiennent sous les pierres, et de préférence dans les racines chevelues et mortes qui flottent entre deux eaux. Leurs mouvements sont assez lents, L’elmis de Maugé, type du genre, se trouve dans la forêt de Fontainebleau,

ELMITE adj. (èl-mi-te). Entom. Qui ressemble ou qui se rapporte au genre elmis.

— s. m, pl. Groupe d’insectes coléoptères pentamères, section de la famille des clavicornes, ayant pour type le genre elmis.

ELMORE (Alfred), peintre anglais, né à Clonakilty, près de Cork, en 1815. Il fit son éducation artistique k Londres, où il exposa pour la première fois en 1834, et obtint un succès mérité. Le Martyre de Thomas Becket, commandé par O’Connell et exposé en 1840, vint continuer les espérances qu’avait données le talent du jeune maître. M. Elmore alla ensuite étudier en Italie, et ce séjour dans le pays des arts contribua puissamment à élever son génie naissant. A son retour, il exposa Rienzi au Forum (1844), qui devint la propriété de l’Union des arts, et sa Querelle des guelfes et des gibelins (1845), qui lui valut le titre de membre associé de l’Académie royale de peinture. Depuis, les toiles exposées par M. Elmore ont toujours obtenu le plus grand succès. Nous citerons, parmi ses tableaux, le Crucifiement (1838) ; l’Evanouissement de Héro (1846) ; Beaucoup de bruit pour rien ; l’Invention du métier à bas (1848) ; la Mort de Robert de Naptes (1848) ; une Scène de controverse religieuse sous Louis XIV (1849) ; Griselda (1850) ; Sage et Son ; Hotspur (1851) ; le Portrait (1852) et la Novice (1855). M. Elmore a obtenu une mention à l’Exposition universelle de 1855.

ELMSHORN, bourg de Prusse, prov. du Holstein, à 68 kilom. S.-O. de Kiel, sur un petit affluent de l’Elbe et sur le chemin de fer de Gluckstadt à Altona ; 5,640 hab. Port de commerce d’où l’on exporte céréales, pommes de terre, tourteaux d’huile, eau-de-vie de grains, viande ; tanneries, fabriques de cuirs vernis, dentelles, tabac ; raffineries de sel, chantiers de constructions navales. C’est dans les environs de ce bourg que, le 15 février 1645, les Suédois, sous les ordres de Wrangel, défirent les Danois, commandés par Baux et Nicolas d’Ahlefeldt.

ELMSLEY (Peter), érudit anglais, né en 1773, mort en 1825. Il fit avec un grand éclat ses études à Westminster et k Oxford, et reçut le diplôme de maître des arts en 1797. Elmsley fut, pendant quelque temps, pasteur de la petite paroisse de Little-Horkesley ; mais un oncle lui ayant légué toute sa fortune, il se consacra exclusivement à l’étude des lettres, et en particulier à celle de la littérature grecque. Il contribua à la fondation de la Revue d’Édimbourg, à laquelle il fournit de nombreux articles de critique, notamment sur l’Homère de Heyne, l’Athénée de Sclnveighauser, le Prométhée de Bioomfield, et l’Hécube de Porson. En 1816, il fit un voyage en Italie pour rechercher des manuscrits, et passa l’hiver de 1818 à Florence, fouillant sans relâche les trésors de la bibliothèque Laurentienne. L’année suivante, il reçut la mission d’aider sir Humphry Davy dans une tâche bien difficile, qui ne produisit d’ailleurs aucun résultat, celle de dérouler d’abord, et de lire ensuite les manuscrits trouvés à Herculanum. L’illustre chimiste ayant échoué dans ses tentatives, Elmsley n’eut pas l’occasion désirée d’exercer sa sagacité. Peu après son retour en Angleterre, il fit un voyage en Allemagne, puis reçut le grade de docteur de l’université d’Oxtord, et devint professeur d’histoire ancienne en même temps que principal du collège de Saint-Alban-Hall. Elmsley joignait à beaucoup d’érudition un jugement sain, un goût pur, un style simple et élégant, un esprit vif et sarcastique qui, dans sa jeunesse surtout, lui avait fait de nombreux ennemis. Outre un grand nombre d’artcles importants insérés dans la Revue d’Édimbourg et dans la Revue trimestrielle, il a donné d’excellentes éditions : les Achurniens (1809) ; Œdipe tyran (1811) ; les Heraclide (1815) ; Médée (1S18) ; les Bacchantes (1821) ; Œdipe à Colone (1828), etc.

ELMULKI s. m. (èl-mul-ki). Hist. ottom. Quatrième des six vizirs subordonnés au premier vizir,

ELNBOGEN. V. Ellenbogen.

ELNE (Illiberis, Helena), ville de France (Pyrénées-Orientales), cant. E., arrond. et à 13 kilom. de Perpignan, sur une colline dominant la plaine du Trech ; pop. aggl. 2,535 hab., pop. tot., 2,800 hab. Magnanerie importante. L’origine d’Elne remonte à une époque inconnue ; mais il est certain qu’avant son expédition en Italie Annibal campa sous ses murs avec une armée immense. Au temps de Tibère, cette ville était entièrement déchue. Constantin la releva et y bâtit un château, auquel il donna, ainsi qu’à la ville, le nom de sa mère Hélène ; elle fut érigée en évêché lorsque les Francs la conquirent sur les Goths ; c’était alors une place assez considérable. Elne tomba tour à tour au pouvoir de Philippe le Hardi, de Louis XI, de Louis XIII, de Condé, du duc d’Ossuna et de Lugommier, qui venait de prendre le commandement de l’armée des Pyrénées-Orientales.

Le seul monument remarquable de la ville d’Elne est sa cathédrale, construction du xie siècle, classée au nombre des monuments historiques. Cette basilique est divisée en trois nefs, dont les piliers lourds et massifs portent des colonnes à chapiteaux grossièrement ébauchés. L’ornementation est, en général, très-pauvre ; cependant l’intérieur renferme un ancien tombeau en marbre blanc, dans le style du Bas-Empire, et des tables d’autel soutenues par des colonnettes romanes. Une porte ogivale mauresque du xiiie siècle, à voussoirs de marbre, alternativement ronges et blancs, fait communiquer la cathédrale et le cloître, du xiie siècle, parallélogramme de 16 mètres sur 15, d’une admirable élégance ; colonnes, piliers, arcades, tout est revêtu de marbre blanc. Sur les fûts et les chapiteaux se déroulent à profusion toutes les ornementations du moyen âge ; le mur porte quelques bas-reliefs encastrés et un morceau de marbre qu’on dit avoir appartenu au tombeau d’un fils de Constantin. Dans les environs de la ville, on a découvert à diverses reprises des débris de monuments gallo-romains.

Plusieurs conciles ont été tenus à Elne. Le premier eut lieu en 1040. En l’absence de Bérenger, évêque d’Elne, qui était allé en pèlerinage à la terre.sainte, l’évêque d’Ausone (aujourd’hui Vic, en Catalogne) présida ce synode, dans lequel on continua la trêve de Dieu, en ordonnant que, dans tout le comté du Roussillon, personne n’attaquerait son ennemi depuis le samedi au soir jusqu’au lundi matin, et cela afin que l’on put en toute liberté célébrer le dimanche et se rendre en toute sûreté à l’église ; on défendit aussi d’attaquer une église ou les maisons qui l’environnaient à un rayon de trente pas, sous peine d’excommunication, susceptible, au bout de trois mois, d’être convertie en anatheme. Les mariages incestueux, l’usurpation des biens ecclésiastiques et d’autres abus appelèrent également l’attention du synode, qui adopta plusieurs mesures afin d’y mettre un terme.

En 1065, un concile continua tout ce qui avait été arrété dans le synode in prato Tuluyiensi de 1040. On menaça d’exil perpétuel celui qui, pendant la trêve de Dieu, oterait la vie à quelqu’un.

Un dernier concile fut tenu dans cette ville, en 1114, pour terminer un différend entre les abbayes de Saint-Michel-de-Cuxa et d’Arles. Depuis, Elne n’a plus d’evêché et n’a plus vu de concile.

Éloa, poëme par Alfred de Vigny. Née d’une larme du Christ, cette ange femme s’étiole dans les célestes demeures ; tous les séraphins ne peuvent fixer son attention ; c’est que personne ne souffre au paradis ; elle ne peut là déverser les trésors de pitié que renferme son cœur de femme. Soudain elle apprend que, loin des regards de Dieu, il est un ange, le plus beau et le plus puissant autrefois, dont l’orgueil indomptable s’est révolté, et qui, pour cette rébellion, a été exilé au fond des enfers. Dès lors Eloa n’a plus qu’une pensée : ramener au bien cette âme égarée. Elle s’élance dans l’infini et vole vers l’endroit maudit : elle rencontre bientôt celui qu’elle cherche.

La, comme un ange assis, jeune, triste et charmant.
Une forme céleste apparut vaguement.
Sa robe était de pourpre, et, flamboyante ou pâle.
Enchantait les regards des teintes de l’opale.
Ses cheveux étaient noirs, mais pressés d’un bandeau :
C’était une couronne, ou peut-être un fardeau ;
L’or en était vivant, comme ces feux mystiques
Qui, tournoyants, brûlaient sur les trépieds antiques ;
Son aile était ployée, et sa faible couleur
De la brume des soirs imitait la pâleur.