Page:Le Parnasse contemporain, II.djvu/13

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Qaïn, Qaïn, Qaïn ! Dans la nuit sans aurore,
Dès le ventre d’Héva maudit & condamné,
Malheur à toi par qui le soleil nouveau-né
But, plein d’horreur, le sang qui fume & crie encore
Pour les siècles, au fond de ton cœur forcené !

Malheur à toi, dormeur silencieux, chair vile,
Esprit que la vengeance éternelle a sacré,
Toi qui n’as jamais cru, ni jamais espéré !
Plus heureux le chien mort pourri hors de ta ville !
Dans ton crime effroyable Iahvèh t’a muré. —

Alors, au faîte obscur de la cité rebelle,
Soulevant son dos large & l’épaule & le front,
Se dressa lentement, sous l’injure & l’affront,
Le géant qu’enfanta pour la douleur nouvelle
Celle par qui les fils de l’homme périront.

Il se dressa debout sur le lit granitique
Où, tranquille, depuis dix siècles révolus,
Il s’était endormi pour ne s’éveiller plus ;
Puis il regarda l’ombre & le désert antique,
Et sur l’ampleur du sein croisa ses bras velus.

Sa barbe & ses cheveux dérobaient son visage ;
Mais, sous l’épais sourcil, & luisant à travers,
Ses yeux, hantés d’un songe unique, & grands ouverts,
Contemplaient par delà l’horizon, d’âge en âge,
Les jours évanouis & le jeune univers.

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