Page:Le Parnasse contemporain, II.djvu/21

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Élohim, élohim ! Voici la prophétie
Du vengeur, & je vois le cortège hideux
Des siècles de la terre & du ciel, & tous deux,
Dans cette vision lentement éclaircie,
Roulent sous ta fureur qui rugit autour d’eux.

Tu voudras vainement, assouvi de ton rêve,
Dans le gouffre des eaux premières l’engloutir ;
Mais lui, lui se rira du tardif repentir.
Comme Léviathan qui regagne la grève,
De l’abîme entr’ouvert tu le verras sortir.

Non plus géant, semblable aux esprits, fier & libre,
Et toujours indompté, sinon victorieux ;
Mais servile, rampant, rusé, lâche, envieux,
Chair glacée où plus rien ne fermente & ne vibre,
L’homme pullulera de nouveau sous les cieux.

Emportant dans son cœur la fange du déluge,
Hors la haine & la peur ayant tout oublié,
Dans les siècles obscurs l’homme multiplié
Se précipitera sans halte ni refuge,
A ton spectre implacable horriblement lié.

Dieu de la foudre, dieu des vents, dieu des armées,
Qui roules au désert les sables étouffants,
Qui te plais aux sanglots d’agonie, & défends
La pitié, Dieu qui fais aux mères affamées,
Monstrueuses, manger la chair de leurs enfants !

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