Page:Le Parnasse contemporain, II.djvu/35

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Les torrents dans la morne horreur des solitudes
Voudraient aussi vous voir & pouvoir vous parler,
Puisqu’en prêtant l’oreille on entend s’exhaler
Parmi leur masse inerte & dans leurs chevelures
Des essais de sanglots, des restes de murmures ;
Et ces vaincus, ô Dieux, que les noirs ouragans
Tourmentent dans la nuit de leurs fouets arrogants
Et que mord la tempête aux haleines de soufre,
Voudraient vous dire aussi que la Nature souffre,
Vainement attentifs au seul bruit de vos pas :
Aveugles & muets, ils ne le peuvent pas.
Et tel est le martyre ineffable des choses !
Vous n’entendez jamais crier le sang des roses
Et nous demeurons sourds aux plaintes des soleils.
J’ai vu que tous ces durs exils étaient pareils
Et que tout gémissait de cette loi barbare,
Alors j’ai de mes mains façonné la Cithare !

Et dans ses flancs polis au gracieux contour
Le Chant s’est éveillé, terrible & tour à tour
Caressant, qui bondit en son vol avec rage
Et gronde, sillonné de feux, comme l’orage,
Et jusqu’aux cieux meurtris ouvre son large essor
Et prend les cœurs domptés en ses doux liens d’or.
Il s’est éveillé dans les flancs de la Cithare
Et s’est enfui ; puis, comme un oiseau qui s’effare,
Après avoir erré dans son vol éperdu
Jusqu’aux astres d’argent, il est redescendu
Vers moi, souffle en délire, & s’est posé, farouche,

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